Le ministère de l’Intérieur et les chiites marocains, le chat et la souris
Hier, le ministère de l’Intérieur a diffusé un communiqué démentant que les autorités locales de Tanger aient donné une quelconque autorisation à une association dite « al Khatt Ar-rissali » (la voie, ou chemin, du message), pour exercer ses activités, de quelque nature qu’elles soient. Qui est cette association ? Il s’agit d’une institution qui regroupe des chiites marocains et qui œuvre dans l’étude et la publication d’ouvrages.
De fait, les deux parties, l’association et le ministère tiennent un dialogue de sourds, ou jouent au chat et à la souris, c’est selon. Dialogue de sourds car chacune dit être dans son bon droit, le ministère en interdisant ce que l’association dit ne pas avoir demandé, et l’association affirmant entreprendre – légalement – ce que le ministère ne reconnaît pas comme faits réels et tangibles.
Cela étant, il faut reconnaître que les chiites de l’association essayent de grignoter du terrain, tirant profit de leur activité commerciale et avançant en se réfugiant derrière ce bouclier/artifice juridique, relevant du droit commercial, pour lancer des études et les éditer dans leur imprimerie, qui détient les autorisations d’exercer son activité. Le ministère s’est engagé dans le jeu du chat contre la souris en traquant imperturbablement tout acte de l’association, active dans les quartiers de Tanger et, plus récemment, sur les réseaux.
Al Khatt Ar-rissali dispose en effet d’une page sur Facebook qui, pour n’avoir que 1.000 fans, n’en est pas moins active et sert à distiller les messages très conciliants et extrêmement prudents des chiites locaux. Il est cependant important de relever que, contrairement aux années précédentes et sous l’effet Daech, les chiites marocains ont de plus en plus pignon sur rue. D’où les rappels à l’ordre réguliers des autorités locales qui, dans leur dernier communiqué, semblent alertées par les infos de « certains médias » et donc par la publicité qu’ils assurent à cette minorité musulmane au Maroc.
Il faut dire que dès qu’il s’agit de chiites, la colère des sunnites, la branche officielle de l’islam marocain, n’est jamais vraiment bien loin, et peut éclater à tout moment, ce que l’Etat veut éviter à tout prix… Le cas Daech lui suffit amplement en matière d’ennuis confessionnels…