Benkirane avait qualifié les femmes de lustres, elles ont organisé une manifestation illustre contre lui

Benkirane avait qualifié les femmes de lustres, elles ont organisé une manifestation illustre contre lui

Quand on parle trop, on a forcément plus de chances de dire des bêtises… et le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane ne déroge pas à cette règle universelle. Hier samedi à Dcheira, il s’exprimait devant un parterre de quelques milliers de membres de la Jeunesse de son parti, et il leur a lancé en substance que la Marche de Rabat ne réussirait pas. Il a eu tort. Elle a réussi, pour Elles et contre lui.

Abdelilah Benkirane pensait certainement à ce sit-in, organisé au début de l’été dernier et qui avait réuni quelques dizaines de femmes venues lui crier qu’elles n’étaient pas des lustres. Certes, leur sit-in n’avait pas du tout brillé… Aujourd’hui dimanche, il en était tout à fait autrement, puisque la Marche organisée à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme par le “Collectif Parité et Démocratie” pour préserver les acquis de la femme a regroupé plusieurs dizaines de milliers de personnes ! Des rues noires de monde, des femmes de tous les bords et de toutes les catégories, voilées ou non, militantes ou pas. Une source policière nous a assuré que les marcheurs(ses) n’étaient que 20.000 mais, manifestement, il n’avait pas bien compté. En effet,  la longueur du cortège et sa densité indique que les manifestants étaient proches des 100.000 personnes.

Tant de monde pour critiquer le gouvernement pour la lenteur, voire l’absence, de la mise en application des dispositions constitutionnelles destinées à assurer la parité entre hommes et femmes ; de célébration de la Journée internationale de la femme, la manifestation a viré anti-gouvernement et anti chef du gouvernement.

Il est vrai que dans ce chapitre des droits des femmes, Abdelilah Benkirane a fait bien davantage montre d’éloquence un peu misogyne que de gouvernance en faveur de la moitié de la population, ainsi que Mohammed VI en avait donné le ton dès son premier discours en 1999. Les mesures prises en faveur des femmes par l’actuel gouvernement sont plus du rapiéçage voire, plus grave, de compassion masculine, en faveur des veuves par exemple.

Interrogé sur la question de la politisation de cette marche, le président de Bayt al-Hikma Fettah Bennani ne s’en cache pas, avec cet argument irréfutable exprimé en réponse à PanoraPost, que « le chef du gouvernement  œuvre en conformité avec son idéologie  à faire régresser les droits des femmes, si minimes soient elles ; Il est tout à fait normal qu'il soit interpellé au cours de la marche ». Abdelilah Benkirane avait-il lancé un défi aux femmes dans l’enceinte même du parlement ? « Oui, mais à présent que la marche est une si grande réussite, il devrait tirer les conséquences en respectant sa parole », répond  F. Bennani.

Et, de fait, ils sont venus, ils étaient tous là, de Nouzha Skalli (PPS) à Zakia Lemrini, (PAM), de Karim Ghellab (Istiqlal) à Fatima-Zohra Mansouri, maire PAM de Marrakech, en passant par l’infatigable Khadija Rouissi, toujours en pointe de tous les combats en faveur des femmes. Il y avait là également Yasmina Baddou, le poète militant Salah el Ouadie,Hakim Benchemmass et bien d’autres encore, comme Meryam Demnati, pasionaria de la cause amazighe au Maroc (et ailleurs).

Il ne reste plus qu’à convertir les marcheurs de mars contre « la politique féminine » de Benkirane en votants en septembre et en 2016 contre la politique tout court du PJD ; mais il reste que l’avancée majeure des droits des femmes au Maroc a été l’œuvre du roi Mohammed VI, et de la commission de réforme de la Moudawana qu’il avait mise sur pied en 2004 et qui avait abouti à faire bénéficier les Marocaines de bien plus de droits que ne pense à leur garantir un gouvernement pourtant relevant d’une constitution très claire, dans son article 19, sur la parité.

Rappelons que dans son premier gouvernement, alors que la constitution n’avait encore que 6 mois d’âge, Benkirane n’avait nommé qu’une seule femme sur un exécutif d’une trentaine de personnes. et encore, cette femme, Mme Bassima Hakkaoui, ne s’illustre pas nécessairement par sa lutte inlassable en faveur des droits de ses semblables…



Articles Similaires





Les plus populaires de la semaine

Vidéos de la semaine





Newsletters

Nombre de visiteurs : 12152