Benkirane, le « coup d’épate permanent »
Les élections approchent, et contrairement aux autres responsables politiques qui n’ont pas encore vraiment compris à quel point les choses ont changé au Maroc, le chef du gouvernement et du PJD Abdelilah Benkirane donne un coup d’accélérateur à sa campagne électorale commencée le… 26 novembre 2011.
Il sillonne donc le pays et s’adresse à tout le monde. A un public amazigh, il fait son show en allant au-devant d’un homme qui avait émis le souhait de lui asséner une claque. Il descend de sa tribune, micro en main et marche droit vers l’homme, pour recevoir sa gifle. Accolades et embrassades s’ensuivent.
La semaine dernière, le 8 mars, journée internationale de la femme, alors que l’opposition marchait à Rabat, contre lui plus que pour les femmes, Benkirane se trouvait dans un quartier populaire d’Agadir, expliquant patiemment aux gens et aux femmes ce qu’il était en train de faire, ce qu’il avait fait et ce qui l’attendait encore. Et quand un chef du gouvernement parle un tel langage à la population, la population l’écoute et va même vraisemblablement voter pour lui et son parti.
Et puis le voilà à MedRadio, répondant aux questions des journalistes sur tout, les femmes en particulier, et expliquant combien les organismes internationaux sont fiers de lui et heureux de l’avoir comme interlocuteur. Il est vrai que si ces organismes avaient eu Chabat, Lachgar ou le (très placide) Bakkoury en face d’eux, ils n’en auraient pas mené large.
S’exprimant à Errachidia, toujours parcourant le Maroc dans tous les sens, le chef du gouvernement a laissé filtrer quelques informations sur ses relations avec le roi, et c’est ainsi qu’il nous apprend que oui, son gouvernement était presque à terre suite à la sortie de l’Istiqlal, mais que c’est le roi Mohammed VI qui avait voulu que les choses en soient autrement. « Quand ces gens-là ont quitté le gouvernement, nos adversaires n’ont cessé d’agir en coulisses pour perturber notre action et créer les conditions de notre départ, mais ce pays a un Dieu qui le protège et un roi qui a refusé de céder aux pressions, tenant à ce que notre expérience se poursuive».
Bien évidemment, le propos est laudateur et bien entendu, le chef du gouvernement présente le chef de l’Etat sous son meilleur jour, mais ainsi est faite la politique : il faut savoir présenter les choses pour contenter les administrés et les (véritables) chefs.
Et puis, Benkirane a parlé d’un autre coup de main royal… répondant en filigrane à ceux qui l’avaient attaqué quand il avait évoqué la mort de son ami et ministre d’Etat Abdallah Baha. Ses adversaires de l’Istiqlal avaient saisi la balle au bond et avaient accusé le chef du gouvernement de laisser entendre que le défunt n’était pas décédé de mort naturelle. Alors Benkirane a expliqué, et explicité son propos : « A la sortie de l’Istiqlal du gouvernement, j’avais commencé à recevoir des menaces, et des gens se sont même mis en travers de mon chemin, dans la rue, et c’est là que le roi a demandé au ministre de l’Intérieur de m’affecter quatre officiers pour ma sécurité personnelle ».
L’homme, en bon tribun, et fin psychologue qu’il est, sait aussi battre sa coulpe quand il le faut, en reconnaissant volontiers qu’il n’a pas su « inverser la courbe du chômage », comme disent les Français. « Il n’est pas facile de procurer du travail à tous et à toutes, mais nous y travaillons. Cependant, quand vous dites que je n’ai pas assez lutté contre la corruption, c’est vrai, il y a tellement de corruption et de perversion au sein de l’administration. Et vous avez raison aussi en affirmant que je n’ai pas assez combattu le trafic de stupéfiants »…
Puis, il a repris son cheval de bataille contre son opposition, et là, il est tout à fait à son aise, laissant entendre aux trois partis qui le combattent « à mort », Istiqlal, USFP et PAM, que « si vous avez organisé cette marche du 8 mars contre moi c’était la seule, mais maintenant, admirez et observez tous ces meetings populaires qui vont se succéder ».
Il est donc comme ça, Benkirane un populiste qui sait quoi dire et quand le dire, et surtout à qui le dire, au moment où il le faut, à la satisfaction de tous, ou presque…