En ces temps troubles, le Maroc se dote d’un FBI…
Mais il ne porte pas un nom aussi facile à prononcer… BCIJ, c’est le Bureau central des investigations judiciaires, qui remplacera la célèbre BNPJ, Brigade nationale de la Police judiciaire, dont le patron, Abdelhaq Khiam, prendra les rênes du nouveau Bureau. Le BCIJ sera placé sous la tutelle de la DGST, Direction générale de la surveillance du territoire (ou DGST, ou plus simplement, DST) d’Abdellatif Hammouchi.
L’annonce de la création de cette nouvelle structure sécuritaire a été faite en grande pompe ce vendredi par ce que le Maroc compte de hauts responsables sécuritaires et judicaires, emmenés par les ministres Mohamed Hassad, Mustapha Ramid et Charki Draïss. Il y avait aussi le général commandant la gendarmerie royale, Housni Benslimane, le secrétaire général du CNDH, Mohamed Sebbar et d’autres personnalités œuvrant dans les domaines de la sécurité, de la justice et des droits de l’Homme.
Le BCIJ, installé à Salé, sera en charge des affaires de grand banditisme, du trafic de stupéfiants ou d’armes, des atteintes à la sûreté de l’Etat, de terrorisme, de fausse monnaie, mais aussi des enlèvements. Toutes les investigations et opérations du nouveau Bureau seront conduites sous la supervision du ministère public. On se rappelle en effet qu’en 2011, la loi 35.11 avait conféré au directeur de la DGST et à ses officiers et inspecteurs le statut de police judiciaire, ce qui place toutes leurs activités sous le contrôle du parquet général.
L’effectif du BCIJ est constitué de personnels ayant reçu les formations les plus pointues en matière de droit criminel et d’investigations judiciaires et il sera bien entendu renforcé par des hommes formés et entraînés aux techniques d’intervention les plus modernes, servis par des installations logistiques et des moyens technologies les plus avancés.
Le Maroc, à l’instar de tous les autres pays, doit en effet faire face à des menaces de plus en plus précises sur sa sécurité, au sens large… le trafic d’êtres humains, les contrebandes sous leurs diverses formes et, évidemment, le grand danger du terrorisme. L’actualité tunisienne nous rappelle malheureusement que ce péril se rapproche de nous.
On notera également – mais est-ce une simple coïncidence ? – que cette cérémonie se tient au moment où s’ouvre à Paris le procès intenté par l’Etat marocain à Zakaria Moumni, qui a attaqué Abdellatif Hammouchi en justice pour actes (supposés) de torture. Ainsi, en plein débat franco-français sur cette affaire qui ressemble fort à une tempête dans un dé à coudre, le Maroc institutionnalise ses structures sécuritaires, et rappelle que les activités de ses responsables chargés du renseignement se déroulent sous le contrôle de la justice. Le message, si la coïncidence n’en est pas une, est clair, et si c’est une coïncidence, le message est encore plus explicite.