Dissensions au sein du PJD sur l’avortement
Suite à l’initiative du roi Mohammed VI, la semaine dernière, sur l’avortement, le PJD a convoqué une réunion regroupant plusieurs de ses membres dirigeants pour débattre de cette question ; si on connaît l’avis du Dr Saâdeddine Eltomani, ancien secrétaire général du parti et actuel chef de conseil national (et accessoirement ex ministre des Affaires étrangères), l’opinion des autres responsables du PJD reste mitigée. Les uns sont pour et les autres contre, viscéralement contre...
Ainsi, lors de cette réunion, des divergences sont apparues entre les présents, essentiellement des médecins et des conservateurs, qui peuvent aussi être médecins. Les trois raisons communément admises pour autoriser un avortement sont le viol, l’inceste ou une malformation fœtale. S’il semble y avoir accord de principe (et encore…) pour les deux premières raisons, la troisième divise.
En effet, qu’est-ce qu’une malformation du fœtus ? Un trisomique pourrait-il être avorté ? Un handicap mental détecté dans l’utérus autoriserait-il pour autant une interruption de grossesse ? Un enfant qui serait amené à vivre toute sa vie dans une totale dépendance serait-il « autorisé » à vivre ?
Le débat actuellement en Espagne autour des cas de ces malformations a apporté de l’eau au moulin des sceptiques, et les médecins présents ont montré leur perplexité et leur peu d’engouement à mettre en cause une vie sur la base d’un diagnostic médical erroné, ou appelé à trouver d’autres voies grâce aux progrès de la médecine.
Les discussions ont également porté sur les femmes handicapées mentales, plus exposées aux viols, et non désireuses nécessairement d’enfanter, dans le cas où elles sauraient ce que c’est.
Des participants à la réunion ont mis en avant le rite malékite, qui est celui du Maroc, et qui est le plus rétif des 4 grands rites du sunnisme à autoriser les avortements. Allant plus loin encore dans le débat, certains membres du PJD se sont interrogés sur les bébés éprouvettes, qui nécessitent la fécondation de plusieurs ovules pour augmenter les chances de grossesses abouties ; la question est alors : que faire des autres ovules fécondés et non implantés dans l’utérus ? S’agirait-il d’un avortement ou non ?
Enfin, la question de l’avortement est politique, et certains participants au débat ont mis en avant le risque électoral si le PJD prenait position en faveur d’une interruption de grossesse, ce à quoi d’autres ont répondu que l’initiative est venue du roi, Commandeur des croyants, et que de ce fait, ils auraient l’onction morale et religieuse s’ils se prononçaient en faveur de l’avortement.
Bref, le débat est vif au sein du parti majoritaire, et on attendra les semaines à venir pour connaître la position de cette formation.