Le Maroc serait-il incapable d’entretenir de bonnes relations simultanément avec la France et l’Espagne ?
Ce mois de mars, le Maroc avait organisé le rendez-vous de Crans Montana à Dakhla, avec plusieurs personnalités étrangères, dont les plus marquantes étaient le révérend américain Jesse Jackson et l’ancien premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero. La présence de ce dernier lui a attiré les critiques du ministre des Affaires étrangères José Manuel Garcia-Margallo, ce qui a déplu à Rabat.
Et pourtant, Zapatero est un habitué du Maroc, depuis qu’il a quitté le gouvernement, à l’instar de tous les anciens premiers ministres espagnols, exception faite de José Maria Aznar. Mais cela n’a pas empêché le chef de la diplomatie marocaine Salaheddine Mezouar de bouder un rendez-vous avec son homologue espagnol, qui a refusé de répondre à la question d’un journaliste à ce propos. Pour le ministère marocain des AE, Mezouar avait d’autres rencontres à son agenda… ce qui n’explique pas tout.
Mais la sécurité n’est jamais loin, et si les mots ont un sens, les révélations des autorités marocaines que les armes à feu trouvées dans une cache à Agadir lors du récent coup de filet du Bureau central d‘investigations judiciaires (BCIJ) sonnent comme un coup de froid dans les relations entre Madrid et Rabat. En effet, ces armes seraient entrées au Maroc par le préside occupé de Melilla, ce qui signifie en creux que les services espagnols n’auraient pas correctement fait le travail. Où s’arrête l’information et où commence le reproche ? Cela relève des tractations entre les deux pays.
Cela étant, il est difficile de ne pas faire un rapprochement entre le réchauffement des relations entre la France et le Maroc et ce coup de froid sur celles entre le Maroc et l’Espagne. Les deux pays européens sont les plus proches alliés et les premiers partenaires économiques du Maroc et une compétition sourde les anime dans leurs relations avec le Maroc. En 2014, au plus fort de la tension entre Rabat et Paris pour les raisons qu’on sait, les Espagnols avaient tout fait pour affirmer l’amitié avec les Marocains, décoration du chef de la DST en premier, et en grand pompe.
Selon des analystes espagnols, néanmoins, les critiques adressés par José Manuel Garcia-Margallo à Zapatero sont tout à fait ordinaires et entrent dans le cadre de la politique intérieure espagnole où, traditionnellement, le parti au pouvoir entretient de bonnes relations avec le Maroc – realpolitik oblige – contrairement à l’opposition. Cette fois, l’un des personnages forts de cette opposition maintient ses liens d’amitié avec Rabat. Mais cela n’empêche pas que les piques lancées par Margallo ne soient qu’un feu de paille politique interne.