Le roi n’a pas reçu l’opposition, qui avait demandé une audience
Vendredi dernier, plusieurs médias ont rapporté une audience accordée par le roi Mohammed VI à des dirigeants de l’opposition. L’information paraissait sûre, mais en l’absence d’un communiqué du palais royal, il fallait vérifier. Et donc renseignements pris, quatre responsables de l’opposition ont bien été reçus au cabinet royal, mais par les conseillers du roi Fouad Ali el Himma et Abdellatif Menouni. Pourquoi cette démarche ?
Tout simplement parce qu’elle a été demandée par les concernés. La veille, semble-t-il. Ils ont été les plus surpris de se voir convoquer dès le lendemain au cabinet royal, où ils pensaient que le roi Mohammed VI les attendait. Le reste est digne d’une comédie.
Les quatre dirigeants étaient en réunion le matin même au ministère de l’Intérieur, avant de recevoir la convocation du cabinet royal. Face à eux, ils avaient les deux ministres de l’Intérieur, Mohamed Hassad et Charki Draïss, le ministre de la Justice et des Libertés Mustapha Ramid et le ministre du Commerce et de l’Industrie Hafid Elalamy. L’ordre du jour était bien évidemment les élections locales, régionales et professionnelles, qui vont se tenir à leur date prévue de début septembre et non plus tard, comme on en a prêté l’intention à l’opposition.
Et puis en début d’après midi, les quatre hommes (Mustapha Bakkoury du PAM, Driss Lachgar de l’USFP, Mohamed Abied de l’UC et Taoufiq Hjira de l’Istiqlal) se sont retrouvés devant les deux conseillers du roi pour leur faire part de leur ire face à ce qu’ils considèrent comme une campagne électorale anticipée de du chef du gouvernement Abdelilah Benkirane. Ils accusent également ce dernier d’instrumentaliser le nom du roi à ses fins partisanes. La rencontre aurait duré entre deux et trois heures.
Benkirane n’est pas en campagne électorale, mais en contact permanent avec ses bases, vers lesquelles il revient régulièrement depuis trois ans. Il fait de la démocratie par le bas, tout en étant en haut de la pyramide. Ses adversaires veulent rester en haut, mais refusent d’aller vers le Maroc d’en bas, lui préférant l’onction de celui d’en haut qui ne peut, ni ne veut, tomber aussi bas. Les élections, Messieurs, ça se gagne. Et c’est ce qu’ont dû expliquer Ali al Himma et menouni à leurs visiteurs.
L’usage du conditionnel dans cet article revient à la volonté des quatre membres de l’opposition qui ont refusé de fournir des informations, ni la moindre indication sur l’entrevue. On dirait que le rouge leur est monté un peu au front d’être allés rapporter aux conseillers de Mohammed VI ce qu’ils savent déjà de ce que fait Benkirane, c’est-à-dire son métier de politique.