Bouya Omar, un centre de l’infamie qui fermera « bientôt »
L’annonce en a été faite par le ministre de la Santé Houssaïne el Ouardi qui s’est déplacé sur les lieux, ou juste à côté, à Kelaa Sraghna pour présenter un rapport sur ce centre dit de « traitement » de malades mentaux. Les chiffres sont proprement scandaleux pour un Maroc qui se présente comme un pays ouvert sur la modernité… la décision de fermer « progressivement » ce cloaque est prise.
Bouya Omar est un marabout, donc un lieu de pèlerinage et de culte, mais qui a été transformé au fil des ans en « centre d’accueil » pour malades mentaux dont les familles, pour raisons économiques et le plus souvent par ignorance, se débarrassent en les confiant aux responsables des lieux. Avec le temps, l’endroit est devenu fort lucratif, avec un revenu annuel de quelque 8 millions de DH, soit environ 10.000 DH/malade et par an, ce qui donne une idée de la qualité des « soins prodigués ».
Ils sont en effet 711 pensionnaires qui dépérissent à Bouya Omar, dont 692 hommes et 19 femmes, plus de la moitié de ces gens étant âgés de 30 à 50 ans. Plus étonnant encore est que 5% des malades « admis » dans le centre sont titulaires de diplômes universitaires, soit environ 35 personnes ; les deux tiers ont fait les classes du primaire.
Selon l’étude réalisée sur commande du ministère de la Santé, la pathologie principale des personnes internées – il n’y a pas d’autre mot – est le trouble du comportement et/ou la violence, suivie par la désintoxication. Les personnes chargées de la surveillance, et non du traitement, des malades sont au nombre de 55 personnes (soit 1 pour 14 malades), et n’ont pas de qualification médicale particulière.
D’autres chiffres ont été présentés sur Bouya Omar… 70% des malades ne reçoivent aucun soin ; ils sont simplement incarcérés et surveillés. 24% ne sont même pas visités par leurs familles qui les ont abandonnés là. Près du cinquième des pensionnaires présentent des marques de mauvais traitements. Cela « explique » que la moitié consomme des drogues, type chanvre, ou encore des boissons alcoolisées, que l’on suppose procurées à vil prix, laissant deviner la qualité.
L’étude conclut donc que Bouya Omar impose à ses « hôtes » des conditions de vie indignes d’un être humain et que son existence va à contresens total des engagements internationaux signés et ratifiés par le Maroc. Le ministère propose donc « l’abandon progressif » de cet endroit, pour le remplacer dans un an ou deux par un centre socio-médical dont la construction et l’équipement reviendrait à… 25 millions de DH et qui disposera de 120 lits et d’un personnel médical et paramédical compétent…
Ce qui est étonnant est que cette étude n’ait été réalisée qu’aujourd’hui, plus de douze ans après les premiers écrits sur Bouya Omar. Plus étonnant encore est que le gouvernement ne décide pas de fermer définitivement le centre. Il semblerait que les autorités publiques ne souhaitent pas affronter directement ses gestionnaires, et aussi les familles qui s’y sont débarrassées de leurs proches.
Et pourtant, la solution ne saurait passer, immédiatement, que par la fermeté du ministère de la Santé et la sévérité de celui de la Justice. Mais tout cela dépend de la volonté du gouvernement, et de son chef, qui devrait s’exprimer sur la chose.