Sahara, le Conseil de Sécurité « congratule » Rabat et « tance » Alger
Le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté hier après-midi la résolution 2218 prorogeant d’un an (jusqu’au 30 avril 2016) le mandat de la Minurso, chargée de faire respecter le cessez-le-feu dans la région. La surprise est ailleurs…
« Le Conseil de sécurité demande à toutes les parties de coopérer pleinement aux opérations de la MINURSO, et de prendre les mesures voulues pour garantir la sécurité, ainsi qu'une totale liberté de circulation et un accès immédiat au personnel des Nations Unies »… Un accès immédiat au personnel des Nations-Unies : la demande ne pose pas tant de problème à Rabat qu’à Alger, puisque le recensement des populations de Tindouf n’a jamais été autorisé par le Polisario et son principal soutien, et hôte, l’Algérie.
Le Conseil demande alors « l’enregistrement » des populations dans les camps de Tindouf, en Algérie, et « invite à des efforts » à cet égard. On voit là les effets de la publication en début d’année d’un rapport de l’Office européen de lutte anti-fraude, qui épingle les autorités du Polisario et d’Alger, accusées de détournement des aides de l’Union européenne à destinations des populations de Tindouf, dont l’effectif est surestimé. D’où la demande d’ « enregistrement » de ces populations.
Par ailleurs, le Conseil a non seulement évité d’inclure la question de l’élargissement du mandat de la Minurso aux questions des droits de l’Homme, une demande qui avait été sèchement refusée par le Maroc ces deux dernières années, mais dans sa résolution 2218 adoptée à l'unanimité, il « reconnaît et se félicite des mesures et initiatives entreprises par le Maroc pour renforcer les commissions régionales du CNDH à Dakhla et Laâyoune ». Les efforts de Rabat en la matière paient, donc, bien que de sérieux efforts restent encore à mener en interne, essentiellement dans le comportement du ministère de l’Intérieur à l’égard de certaines associations, comme l’AMDH, comportement pour lequel il est d’ailleurs régulièrement condamné par la justice…
Cette volte-face du Conseil de Sécurité, qui « se félicite des mesures prises par le Maroc », et « invite (Alger) à faire des efforts », prend toute sa signification profonde dans ce passage du rapport du Secrétaire général Ban Ki-moon : « Tant la montée des frustrations chez les Sahraouis que l'expansion géographiques des réseaux criminels et extrémistes dans la zone du Sahel-Sahara contribuent à accroître les risques qui pèsent sur la stabilité et la sécurité de la région ».
Nous le disions dans un précédent article sur la question du Sahara, les priorités ont changé aux yeux de la communauté internationale. Le terrorisme et l’instabilité de la région priment aux yeux des grandes puissances qui ont face à elles, à Rabat, un système politique stable et de plus en plus sûr de lui (cf le dernier discours, virulent, du roi à l’AG de l’ONU en septembre 2014), et à Alger, un régime sur la défensive avec un président grabataire et des généraux nerveux.