L’affaire du mariage Choubani-Benkhaldoune prend des proportions alarmantes
C’était au départ une affaire privée, avant qu’elle ne devienne publique du fait d’un mariage annoncé entre deux ministres, Lahbib Choubani et Soumaia Benkhaldoune. Puis l’affaire avait commencé à être oubliée avant que Mme Benkhaldoune n’accorde des entretiens aux médias pour délivrer son opinion ; cela a engendré un flot de commentaires. L’affaire devient de plus en plus publique et, disons-le, excessive et alarmante.
Cela fait un mois maintenant que le mariage annoncé entre les deux ministres défraie la chronique et fait la Une des médias nationaux et même étrangers. Les deux ministres sont Lahbib Choubani, ministre des Relations avec le parlement et la société civile, et Soumaia Benkhaldoune, ministre déléguée à l’Enseignement supérieur. Puis, face au silence prudent du gouvernement, les choses s’étaient calmées, et des informations avaient commencé à circuler sur le report de la noce.
Mais Mme Benkhaldoune a accordé cette semaine un entretien aux médias affirmant que son divorce n’avait aucun lien avec Choubani et qu’il résultait d’une très ordinaire mésentente avec son ancien époux. Cela a rallumé les feux et remis l’affaire sur le devant de la scène et à la Une des médias.
Ce matin, le journal Assabah a publié en Une le titre suivant : « L’ancien mari de Mme Benkhaldoune déclare : Choubani m’a tué »…, et explique que des responsables du Mouvement Unité et Réforme (MUR) avaient rendu visite à l’ancien mari de la ministre, qui leur est apparu effondré… Il n’en fallait pas plus à Mme Benkhaldoune pour revenir, en force, démentir le titre et les faits, dans un statut sur sa page Facebook : « En dépit du fait que j’ai publié, en date du 7 avril 2015, et en accord avec mon ancien époux, un statut affirmant que notre divorce est une affaire entre nous, qu’aucune partie tierce n’y avait intervenu et que je me refusais à revenir sur cette question, certains médias sont revenus à la charge, distillant des mensonges qui me poussent à sortir de mon mutisme. Derniers en date, cette Une et cet article d’Assabah qui ont franchi toutes les lignes rouges, faisant dire au Fqih Raïssouni ce qu’il n’a pas dit et imputant au MUR ce qu’il n’a pas fait, sachant que les concernés ont leur langue pour parler et leurs moyens pour communiquer. J’ignore quels sont les intérêts de tous ces gens des médias à fouiller dans ma vie privée et à heurter les sentiments d’enfants dont le seul tort est que leur mère soit une personnalité publique. Je dis à tous ceux-là… vos manœuvres quant à mon divorce sont vaines et votre crime est odieux ».
Notre position : le divorce est une affaire privée, certes, et le mariage, même en secondes noces, aussi. Mais quand il s’agit d’une personnalité publique, il est vrai que la polygamie, bien qu’elle soit légale, envoie un message discutable car l’écrasante majorité des couples marocains sont monogames ; cela étant, la retenue des médias est nécessaire, le respect des gens, fussent-ils ministres, est la règle, mais deux ministres qui font l’actualité pour des choses privées doivent ou démentir clairement et s’atteler à leurs responsabilités, ou confirmer les informations et démissionner, pour imposer le respect de leur vie privée.
La société marocaine se modernise, et la polygamie recule. Le gouvernement semi-islamiste, à travers son projet de Code pénal, a suscité un débat national très large entre « modernistes » et conservateurs » ; le roi s’est impliqué dans la question de l’avortement. Les libertés individuelles et sexuelles sont au cœur des discussions au sein de la société et de la classe politique. Le moment n’est donc pas bien choisi par ces deux ministres pour laisser étaler leur affaire en public.
Dans l’intervalle, cette affaire commence à prendre des proportions alarmantes car ou les ministres mentent et veulent passer en force, et c’est grave, ou les médias concernés mystifient et c’est encore plus grave.
Aziz Boucetta