Le Conseil supérieur de l’Education se prépare à dévoiler sa stratégie, et Raïssouni attaque encore
Le Conseil supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche scientifique (ou CSEFRS) présidé par Omar Azzimane devra rendre sa copie la semaine prochaine sur sa vision de l’enseignement au Maroc pour la génération à venir. Chacun affûte ses armes en prévision de ce rapport, chacun met la pression et chacun sait qu’en définitive, c’est au roi Mohammed VI que le dernier mot reviendra sur la solution qui semble, finalement, se détacher…
Le Conseil écartelé entre darija et arabe classique
Ainsi, suite au grand débat sur la darija que le publicitaire Noureddine Ayouch a eu le cran de lancer en proposant d’accueillir dans cette langue les jeunes élèves du primaire durant les premières années, une solution intermédiaire devrait être retenue par le CSEFRS. Interrogé sur la question par PanoraPost, Noureddine Ayouch a refusé de répondre, arguant de son droit de réserve que lui impose sa qualité de membre du CSEFRS ; mais l’avantage d’avoir un Conseil composé d’une centaine de membres est de nous avoir permis de trouver une autre personne qui a accepté de répondre à nos questions, mais sous couvert d’anonymat.
Et donc, selon cette personne, plutôt favorable à l’arabe classique et donc opposée à l’argumentaire d’Ayouch, le Conseil devrait proposer deux idées : d’une part, maintenir l’arabe classique comme langue d’enseignement principal (ce qui est logique, puisqu’il s’agit de la langue officielle) mais conduire le corps pédagogique à employer la darija dans l’explication et els échanges et, d’autre part, réfléchir (très) sérieusement à la modernisation de la langue arabe pour faciliter son usage.
Cette idée de moderniser l’arabe classique, pour que les défenseurs de cette langue ne crient pas au complot, avait déjà été avancée par Abdallah Laroui, lors de son débat télévisé avec Ayouch, à la fin 2013. L’intellectuel marocain avait rejeté l’idée d’assurer l’enseignement en darija, mais avait proposé, en contrepartie, de faire évoluer la langue arabe. Il avait ainsi émis l’idée de supprimer la forme duale en arabe, qui complique l’usage de cette langue, entre autres idées…
Raïssouni attaque
Nous devrions donc être fixés la semaine prochaine… Dans l’intervalle, l’autre érudit projectiviste qu’est Ahmed Raïssouni a pris les devants en mettant en ligne sur son site un enregistrement vidéo dans lequel il s’en prend, encore, au français et, dans la foulée, à la France. « Des gens, une élite composée d’intrus dominateurs, se sont emparés de l’enseignement dans ce pays et lui ont imprimé aujourd’hui l’orientation qui est la leur. Pour appeler les choses par leur nom, ces personnes sont des agents de la France et des agents de l’identité francophone qui nous imposent un enseignement bâtard et éparpillé, importé. Les établissements d’enseignement et l’administration nous imposent également le français comme langue officielle effective(…). Il nous faut aujourd’hui adopter à l’égard du français, et de la France aussi, une logique d’intérêts mutuels… ».
Le dernier mot reviendra au Premier des Marocains
Et donc, le roi devra arbitrer – rude tâche – entre la logique pratique d’Ayouch de créer un lien entre la darija et l’arabe classique dans l’attente d’assurer l’enseignement dans la première langue, et la puissance théorique de l’argument de Raïssouni – qui est aussi celui de la majorité – consistant à déclarer les hostilités ouvertes contre le français et la francophonie.
Mohammed VI pourra partir de la convergence entre les deux hommes, entre les deux camps, sur la nécessité de multiplier les langues dans les cursus scolaires des jeunes apprenants, en maintenant l’arabe classique dans les programmes, en y préservant la place incontournable du français, en y introduisant fortement l’anglais, et en assurant les échanges en darija… dans l’attente que les passions se réduisent, que l’animosité recule et que la raison prenne le dessus, loin de toute idéologie ou ancrage au français ou à l’arabe classique.
Le Maroc est à la croisée de cultures et de civilisations, il n’est donc ni arabe, ni amazigh, ni français. Il est un mélange de tout cela et de l’anglais aussi, pour les jeunes et les générations futures. Un enseignant de philosophie avait dit un jour, en 2012, que « si le printemps arabe n’avait pas pris au Maroc, c’est parce que le Maroc n’est pas arabe… ». A méditer, sans passion ni tension.
Aziz Boucetta