Les vérités (mais pas toutes) de Benkirane sur al Jazeera
Le chef du gouvernement était, mercredi soir, l’invité de l’émission « bila houdoud » (à bâtons rompus), sur la chaîne qatarie al Jazeera, avec le célèbre journaliste Ahmed Mansour. Il en a profité encore une fois pour dire sa vérité, mais pas toute la vérité, et pas rien que la vérité… Verbatim.
Il est revenu sur sa marotte habituelle, tout heureux semble-t-il d’être toujours flanqué par des officiers de sécurité. Il a ainsi expliqué qu’après avoir été deux fois pris à partie par des gens mécontents de sa politique, c’est le roi Mohammed VI qui a ordonné qu’il soit protégé. C’est donc quatre hommes qui le suivent toujours, où qu’il aille. On est loin des quelques dizaines d’agents qui encadrent le premier ministre français Manuel Valls, mais c’est un bon début.
Pour ce qui est de la corruption et du fameux « Dieu pardonne ce qui est passé » lancé au début de son mandat sur une chaîne télé, le chef du gouvernement explique que, effectivement, des Marocains ont expatrié des fonds d’une manière ou d’une autre, par crainte des événements de 2011, « mais ce ne sont pas tous des voleurs »… revenant sur le succès de la contribution libératoire, et fort satisfait de son succès qui a rapporté 28 milliards de DH à l’Etat, Benkirane affirme que son gouvernement pense à une autre opération similaire.
Pour ce qui concerne le système de pouvoir et le partage dudit pouvoir, le chef du gouvernement répond indirectement à ses détracteurs en expliquant que ses pouvoirs à lui ne sont guère absolus, mais plutôt limités. « C’est le roi qui dirige le pays en sa qualité de chef de l’Etat et de Commandeur des croyants ». Voilà pour ses contempteurs… Il ne dit cependant pas qu’il a lui-même pris sur lui de tordre le cou à la constitution, contrairement à la position de Mohammed VI lui-même qui a donné à maintes reprises des indications sur son souhait de voir respecter la Loi fondamentale, lettre et esprit… Exemple, La loi organique que les nominations aux hautes fonctions de l’Etat.
Un moment, le journaliste Mansour, pour suggérer que le chef du gouvernement fait sa campagne électorale en augmentant ses électeurs, se met à égrener les effectifs des familles ayant bénéficié de la politique gouvernementale, 4.000 pour l’électricité, 10.500 pour les pensions, 16.000 veuves… là, Benkirane fidèle à lui-même, l’interrompt pour lui lancer : « Toi, mon cher Ahmed, tu fais un calcul d’épicier et le chef du gouvernement ne réfléchit pas comme ça »… Sympa pour les épiciers, mais bon, il faut reconnaître que la réponse est aussi spontanée qu’elle a parfaitement atteint son but…