L’avortement sera légalisé dans trois cas, et pourrait l’être dans d’autres…
Finalement, deux mois après avoir été reçus par le roi, les deux ministres de la Justice et des Affaires islamiques Mustapha Ramid et Ahmed Toufiq, et le président du CNDH Driss el Yazami, ont remis leurs recommandations à Mohammad VI. Officiellement du moins. En matière d’avortement, le Maroc est allé aussi loin que sa société et sa nature le lui permettent, mais sans surprise. Un communiqué du cabinet royal trace la feuille de route législative, recommandant à chaque camp (modernistes et conservateurs) à écouter l’autre..
En effet, les seuls cas explicites où l’avortement devient permis sont ceux qui ont toujours été cités dans les médias et emporté unanimité de tous, représentant le socle le plus bas d’entente entre modernistes et conservateurs ; ces cas sont le viol et l’inceste, la grossesse mettant en danger la vie de la mère et la malformation ou pathologie grave du foetus.
Mais c’est dans les détails que le texte du communiqué devient intéressant à lire, sur plusieurs points. Ainsi, s’il est nécessaire de respecter les « préceptes de la sainte religion islamique », ce qui ne pose pas de problème au demeurant, on ne précise pas s’il s’agit du rite malékite (adopté au Maroc, rigide en matière d’avortement) ou hanafi (plus souple). La porte de la réflexion reste donc ouverte. Voilà pour le non verrouillage par la religion.
Puis, évoquant la société marocaine, ses évolutions, ses valeurs (pas les conservatrices, mais celles « fondées sur la modération et l’ouverture ») et les nécessités de son « unité, cohésion et ses spécificités », le texte montre bien que le sens de la décision est de comprendre que les Marocain(e)s peuvent avoir – et ont – des relations sexuelles hors mariage, et que cela peut appeler à des interruptions de grossesse, que les Marocaines sont de plus en plus conscientes que leur corps leur appartient, et que cela peut conduire souvent à des volontés d’avortement…
Se fondant sur ces recommandations et suggestions, le roi a donc émis un avis de type arbitral, reconnaissant tous les courants qui traversent et animent la société marocaine. Le débat n’est donc pas terminé et il est fort probable que, en dehors des trois points explicitement cités, les joutes se poursuivront sur les cas à éventuellement ajouter, ou évoquer, et répondant à la formule d’ « unité, de cohésion et de spécificités » de la société marocaine.
Mohammed VI avait reçu les trois hommes séparément, les ministres puis le président du CNDH. Le fait qu’il les reçoive cette fois ensemble, avec en plus le ministre de la Santé Houssaïne el Ouardi, signifie une invitation à trouver un terrain d’entente, les conservateurs allant plus vers « l’ouverture de la société », et les modernistes à admettre les contraintes « du respect des préceptes de la sainte religion islamique ».