Une politique de moralisation de la police serait-elle en cours ?
La moralisation de la vie publique, et politique, on connaît, avec les résultats qu'on sait... Mais la moralisation de la police est autre chose…Depuis plusieurs mois, et grâce aux caméras et autres appareils photo, plusieurs policiers ont été mis à pied, voire révoqués, parfois jugés, pour actes de corruption.
A Casablanca et dans d'autres grandes villes, les gens évoquent de plus en plus souvent cette véritable révolution qui marque les relations entre les policiers, essentiellement du corps urbain, et les usagers de la route. Ici, un officier est suspendu pour avoir reçu de l'argent d'un contrevenant ; là, un sous-officier est relevé de ses fonctions pour le même motif. Les automobilistes photographient la scène, la publient sur les réseaux et la hiérarchie sévit…
Mais elle sévit également contre les abus des conducteurs ou autres passants. Dernièrement, un Casablancais à a été condamné à une peine de prison et à une lourde amende pour avoir filmé un policier qu'il avait soupçonné d'avoir touché de l'argent. La vidéo a été mise en ligne, la Direction générale de la police nationale (DGSN pour faire court) a enquêté, puis est parvenue à la conclusion qu'il n'en était rien. La justice a alors frappé le "filmeur".
Les effets de la nomination de Hammouchi comme premier flic du Maroc
Mi-mai, Abdellatif Hammouchi, qui officiait discrètement comme patron de la Direction de la surveillance du territoire, a brutalement été mis sous les feux des projecteurs de l'actualité en étant nommé à la tête de la DGSN (tout en maintenant ses fonctions de chef de la DST). Il avait semblé à tout le monde qu'une opération "Manu polite" (mains propres) à la marocaine allait être engagée dans ce corps de la police. Puis les choses se sont confirmées.
Un, puis deux, puis plusieurs agents et officiers ont été suspendus, certains déférés devant les commissions disciplinaires, pour manquements à leurs devoirs réglementaires. Traduisez ; ils ont pris de l'argent de contrevenants au Code de la route en échange de leur magnanimité… mais il y d'autres motifs de poursuites réglementaires de policiers : soupçon de complicité avec le trafic de stupéfiants, plainte de citoyens pour escroquerie ou chantage, abus de pouvoir, entorses au contrôle aux frontières…
Des informations tombent également sur plusieurs changements à la tête des préfectures de police, un peu partout, où des cadres jeunes et bien formés remplacent d'autres, plus anciens, moins familiers avec la culture des droits de l'homme…
Hammouchi, 49 ans, est un homme de la jeune génération, qui n'a que peu travaillé avec l'ancien système, connu pour ses dérives et ses abus. Jusque-là, la DGSN a été dirigée par des responsables bien plus âgés,formés à "l'ancienne" et qui ont, à défaut de reproduire cet ancien système, mis quelques hésitations à sévir et à imposer une nouvelle culture au sein de la police nationale.
Il est donc intéressant d'observer et de suivre de près ce qui se passe dans le corps de la police, et il serait encore plus judicieux que les informations circulent plus et mieux. De la part de la police, pour ancrer dans les esprits de la population qu'une politique de moralisation est désormais lancée et, espérons-le, irréversible… mais aussi de la part de la société civile, qui doit continuer de dénoncer les actes répréhensibles d'agents de la police et qui doit, aussi, s'inscrire dans cette logique de respect des lois.
Que la police sévisse dans ses rangs contre les corrompus, c'est bien, mais que les corrupteurs (car il y a rarement des corrompus sans corrupteurs) soient également sanctionnés, c'est mieux. Une révolution dans les mœurs est-elle donc engagée ? Les prochains mois, et les résultats, le diront.
AAB