Suppression des concours : Lahcen Daoudi explique sa « révolution » de l’enseignement supérieur

Suppression des concours : Lahcen Daoudi explique sa « révolution » de l’enseignement supérieur

Cela semble être la nouvelle orientation gouvernementale pour les études supérieures. Le gouvernement a en effet décidé, et dès la rentrée 2016-2017, de supprimer les concours d’accès aux établissements supérieurs, grandes et écoles et facultés. Les candidats à ces études devront néanmoins avoir obtenu de bonnes notes au baccalauréat, national et régional. Explications sur ce système plus démocratique et plus égalitaire, qui prend le contrepied du phénomène de "sur-notage" des écoles privées.

« Nous travaillons actuellement sur un système national unifié supprimant les concours d’accès aux établissements publics d’enseignement supérieur. Ce système est fondé sur la base d’une sélection des candidats par les notes obtenues dans l’examen du baccalauréat ainsi que les examens régionaux », a expliqué la ministre déléguée à l’Enseignement supérieur Jamila Moussali.

Contacté par PanoraPost, le ministre de l’Enseignement supérieur, Lahcen Daoudi, explique la nouvelle décision qui, disons-le, est une véritable révolution. « Peut-être, répond modestement le ministre, mais il faut avoir que ce système a été testé et éprouvé ailleurs. Ici, au Maroc, nous avons une longueur de retard, que nous essayons de remonter avec la suppression des concours d’entrée ».

On a rapporté comme explication le coût des concours organisé par l »Etat pour l’accès aux différentes grandes écoles et facultés.

Lahcen Daoudi : « Ce n’est pas une question de coût, mais de justice. Et si vous voulez parler du coût, parlons-en… Prenons le cas d’un bachelier d’Ouarzazate, qui doit partir passer un concours à Marrakech. Il ira dans cette ville passer son examen, et reviendra chez lui. Mais il a d’autres concours dans d‘autres villes, à d’autres dates. Tout cela engendre un coût pour sa famille, et souvent, les élèves ne peuvent tout simplement pas se présenter à ces concours pour impossibilité financière… Notre système profitera aux jeunes de toutes les villes, même celles situés aux confis du pays. Quant au coût supporté par l’Etat pour l’organisation de ces concours, c’est un détail ; ce ne sont pas 2 millions de DH qui grèveront le budget public ». Exact.

Pourquoi sélectionner en faveur des seules notes du bac et supprimer le contrôle continu ?

 « Mais parce que le contrôle continue gonfle les résultats, il n’est pas homogène. Chaque professeur et chaque établissement accordent des notes surévaluées aux élèves des deux dernières années de lycée. Cela dénature l’évaluation de ces élèves et peut défavoriser les uns, méritants, par rapport aux autres, moins performants. Et donc le principe retenu relève toujours du principe de l’égalité des chances ». En effet, dans les écoles privées, c’est connu, les notes sont extrêmement surévaluées pour augmenter le taux d’obtention du bac et attirer encore plus d’élèves par pubs interposées…

Si on supprime les concours aux grandes écoles et aux facultés de médecine et de pharmacie par exemple, on risque d’avoir bien plus d’étudiants dans les premières années…

« Absolument pas, c’est un système de numerus clausus. Sur un effectif défini à l’avance, on ne retiendra que les meilleurs, qui permettent d’atteindre ce nombre. Si, par exemple, pour une grande école, on décide de 200 élèves en 1ère année, on prendra les 200 meilleurs qui auront postulé pour cette école. Le 201ème ira à l’établissement qui figure au second rang de ses choix, et ainsi de suite ». Ainsi, si les candidats ne seront plus soumis à un concours, par essence incertain, il leur reviendra d’obtenir les meilleures notes possibles pour être en mesure d’être acceptés dans les établissements qu’ils auront choisis en premier.

Le nouveau système est-il applicable pour les bacheliers marocains issus du seul enseignement public marocain, ou également des autres types d’enseignements dispensés au Maroc, France, Etats-Unis, Espagne ?

« La loi marocaine ne distingue pas les élèves en fonction de leurs établissements. Si le candidat est marocain, il entre dans le cadre de ce nouveau système ».

Et pour les étrangers ?

« Ils relèvent d’un quota qui est déterminé en fonction des accords de coopération ».

Pourquoi n’y a-t-il pas eu de grande communication pour cette politique, qu’il faut bien qualifier de « petite révolution » ?

« Nous faisons les choses en douceur, sans tapage. Mais les médias, les élèves et leurs familles commencent à comprendre l’importance de cette mesure. Nous sommes disposés à discuter avec les différentes parties pour apporter les améliorations éventuelles et nécessaires ».

Propos recueillis par Aziz Boucetta



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