Que vient faire Nicolas Sarkozy au Maroc ?

Que vient faire Nicolas Sarkozy au Maroc ?

L’ancien président de la République et actuel président des Républicains Nicolas Sarkozy est dans nos murs. Il est au Maroc pour une visite « officielle », lors de laquelle il rencontrera le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, le chef de la diplomatie Salaheddine Mezouar, avant d’être reçu par le chef de l’Etat, le roi Mohammed VI. Que vient faire l’ancien président de France au Maroc ?

Propos fielleux pour l’immigration

Il est incontestablement un ami du Maroc, et aussi de son roi. Mais il est aussi assez flou quant à sa vision de l’immigration en France, dont une partie est composée des sujets du même roi. Tout récemment encore, Nicolas Sarkozy comparait l’émigration en France à une « fuite d’eau »… « Dans une maison, il y a une canalisation qui explose, elle se déverse dans la cuisine. Le réparateur arrive et dit, j'ai une solution : on va garder la moitié pour la cuisine, mettre un quart dans le salon, l'autre quart dans la chambre des parents, et si ça ne suffit pas, il reste la chambre des enfants »… Curieuse manière de parler d’êtres humains.

Pour Nicolas Sarkozy, « il y a trop d’étrangers en France ». Pendant la campagne présidentielle de 2012, le candidat avait annoncé qu’il fallait réduire de moitié le nombre d’immigrés dans son pays. Il est comme cela, Sarkozy, il dit à chacun ce qu’il veut entendre.

Propos mielleux pour le Maroc

Et c’est ainsi qu’hier dimanche au Maroc, devant une audience acquise, « républicaine », il a eu ces mots : « « Depuis 1999, il y a un roi qui tient la barre. (…) Depuis 1999, quel pays arabe a fait un tel chemin vers la modernité ? Vous vivez dans un pays stable, et quand il y a eu toute la période des Printemps dits arabes, beaucoup d’observateurs ont vu le Maroc comme un maillon faible, mais il a été un maillon fort ». C’est gentil.

La semaine dernière, il a eu cette envolée : « Au Maroc, heureusement qu’on a un grand roi, qui a nommé un Premier ministre islamique, mais qui tient le Maroc ». Il ne s’agit pas de le tenir, le Maroc, mais de le gérer, et de le pousser sur la voie du développement. C’est ce qui est fait par Mohammed VI. Nicolas Sarkozy aurait pu, peut-être, dire cela, mais « tenir un pays » est une formule alambiquée, impropre.

L’affaire Hammouchi                                                         

Etre l’ami du Maroc n’est pas une chose qui se prononce, mais qui se prouve. Clairement. A Casablanca, l’ancien président n’a pas évoqué la crise qui a secoué les relations de la France et du Maroc. Il aurait pu, il aurait dû. Dire clairement ce qu’on pense est une vertu certes rare chez les politiques, mais Sarkozy aurait dû avoir le courage politique de dire que dans l’affaire d’Abdellatif Hammouchi, vulgairement convoqué par la police française à la résidence de l’ambassadeur alors qu’il ne se trouvait même pas en France, la justice de son pays avait failli.

Cela a été confirmé dans les faits, les accords d’entraide judiciaire ont été amendés et sont en passe d’être ratifiés par l’Assemblée nationale française. Nicolas Sarkozy aurait, donc, pu clamer haut et fort que dans cette affaire Hammouchi, patron de la DST et depuis peu de la police aussi, les juges français avaient fait du zèle, agissant avec légèreté contre le haut responsable d’un pays ami, que rien ne condamne ni même ne met en doute (hormis des déclarations d’individus douteux) et qui a contribué à assainir les services de sécurité marocains, les rendant plus efficaces, plus légalistes et plus visibles. En sa qualité d’ancien ministre de l’Intérieur, qui a travaillé avec Hammouchi, il le sait. Il ne l’a pas dit. C’est dommage. Il ne l'avait pas dit non plus au plus fort de la crise entre Rabat et Paris, alors qu'il était encore en retrait. C'est regrettable.

Pourquoi Mohammed VI reçoit Nicolas Sarkozy ?

Certains médias estiment que cette audience qu'accordera le roi Mohammed VI à l'ancien président français est une "réponse" à la visite de François Hollande à Alger. Cela semble peu probable, pour deux raison.

La première est que le Maroc et Mohammed VI ont dépassé la susceptibilité qu'on leur prête à l'égard d'une proximité plus grande de la France socialiste avec Alger. Si Hollande a fait le déplacement à Alger, en huit heures, cela relève de la politique extréieure française et c'est sans doute davantage pour constater de lui-même l'état de santé d'Abdelaziz Bouteflika et aussi pour discuter des questions de sécurité au Mali, à la veille de la signature d'un accord de paix, et au Sahel au lendemain de la mort annoncée du chef terroriste Mokhtar Belmokhtar. Rien d'économique, donc, et rien de profond. Les fondamentaux diplomatiques ne sont pas changés au Sahara et c'est au Maroc que les entreprises françaises s'implantent, pas en Algérie, ou si peu, ou pour des activités secondaires.

Ensuite, Nicolas Sarkozy et Mohammed VI, au-delà des relations "professionnelles" qui les lient, sont des amis. Le couple présidentiel est très souvent venu au Maroc, en visite privée, du temps où il résidait à l'Elysée et après. Le roi du Maroc accorde donc une audience à son ami, qui en a besoin pour se (re)donner une stature internationale, après le camouflet que lui avaient infligé Angela Merkel et David Cameron en refusant de le recevoir voici quelques mois.

Le roi du Maroc le recevra, donc, au titre de ses fonctions passées et de la politique d’Etat marocaine qui a sa logique et ses techniques... Le ministre des Affaires étrangères le verra à son tour, pour parler de choses et d’autres. Et le chef du gouvernement le rencontrera, et le fera certainement se tordre de rire.

Mais que vient, réellement, faire l’ancien chef de l’Etat français au Maroc ? Les plombiers qui colmatent les fuites d’eau, c’est en Pologne qu’il faut les chercher.

AAB



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