Casablancais, prenez garde, la police s’adapte à vos infractions…
Un véhicule circule à Casablanca, son conducteur (ou conductrice) s’oublie, perdu dans une longue et passionnante palabre téléphonique, le regard projeté au loin pour identifier un éventuel policier de la circulation. Ne voyant rien dans son champ de vision, il (elle) continue à parler dans son appareil… Tout à coup, un jeune homme surgit, en civil et bien mis de sa personne, un brassard orange bien visible sur son bras, marqué « police » et vous intime l’ordre de vous ranger sur le côté. C’est la police de la circulation new age, ou nouveau modèle, ou nouvelle génération…
Ces agents de la circulation sont de plus en plus nombreux, totalement invisibles à l’œil exercé des Casablancais pour dénicher les classiques policiers en uniforme et ceinturon blanc (semta beïda en VO). Ils circulent en voitures banalisées et ne sont pas nécessairement à l’arrêt, embusqués, guettant le chaland. Ils roulent, comme nous, comme vous, et s’ils constatent un contrevenant (stop ou feu grillé, dépassement sur ligne continue, téléphone à l’oreille…), ils le suivent et l’arrêtent. Ils ne pourchassent pas, ils font leur boulot. Sans traquenard, sans dossard, juste un brassard.
La suite, on la connaît… papiers du véhicule, notification de l’infraction, établissement du PV, puis du reçu… Soit on s’acquitte de l’amende sur place (500 DH pour un coup de fil, 300 DH pour défaut de port de ceinture de sécurité…), contre récépissé, soit on se résout à se séparer de son permis de conduire, contre récépissé encore. Ne vous avisez pas de les énerver, ils ont le mental en acier, et la patience infinie, mais ils ne lâchent pas. Ne pensez pas à louvoyer, ils ont réponse à tout, ni à soudoyer, car cela peut s’avérer dangereux…
Contacté par PanoraPost, le service de communication de la direction générale de la police à Rabat dit ne pas être au courant de l’existence de cette brigade. « Initiative de la préfecture de
police de Casablanca, sans doute », explique aimablement le commissaire, qui ajoute « je leur demanderai de vous contacter pour vous informer ». Et, de fait, quelques instants après, un commissaire appelle la rédaction : « Vous avez demandé des informations sur les agents de circulation en civil à) Casablanca ? Je vous explique… ». Décidément, la police n’est plus ce qu’elle était, ni ce qu’elle a été…
Alors le commissaire chargé de la com de la préfecture de police de Casablanca fournit toutes les informations. « Ce sont des agents de circulation assermentés, formés aux constats des infractions et habilités à dresser des PV. Ils ont reçu l’attribution des fonctions de leurs collègues en uniforme, circulent en civil, en voiture ou à moto ». Est-ce nouveau ? « Oui, répond le jeune commissaire, il s’agit d’un projet pilote lancé à Casablanca, dans certains périmètres, pour adapter l’offre de sécurité aux besoins d’une grande ville comme Casablanca. L’idée est de conduire les conducteurs à mieux et plus observer les indications du Code de la route, tablant davantage sur l’effet de surprise »…
Interrogé sur les statistiques de cette expérience, notre interlocuteur s’excuse : « Nous n’en n’avons pas encore, pour la double raison que le projet est encore récent et que ces agents agissent avec les documents et récépissés des agents en uniforme. Il nous est donc difficile de savoir combien de contraventions ils ont dressé. Mais si l’expérience est concluante – et tout indique qu’elle le sera – elle sera généralisée sur tout le périmètre casablancais ». Et peut-être même au Maroc, et alors les statistiques de la guerre des routes s’amélioreront sans doute.
Par ailleurs, si un(e) automobiliste commet une infraction et que des officiers de la police (montée) relevant de la PJ (police judiciaire) l’avisent, ils l’arrêtent, puis appellent leurs collègues de cette nouvelle police de la circulation qui interviennent à leur tout. Le tout dans la plus exquise courtoisie, et le plus strict professionnalisme.
Casablancais (et plus tard, fort probablement, Marocains), prenez garde, la police s’adapte à vos infractions…
Aziz Boucetta