Sebta et Melilla inquiètent l’Espagne, mais « ce n’est pas encore le moment d’en parler » pour Benkirane
Hier, le chef du gouvernement était à la Chambre des représentants pour sa séquence mensuelle devant l’instance législative pour parler des politiques publiques. Il a évoqué moult sujets, et aussi le cas des deux présides occupés de Sebta et Melilla. Ces derniers temps, depuis que les médias espagnols avaient fait état de préparatifs marocains pour revendiquer, auprès de l’ONU, la marocanité des deux villes (et des îles attenantes), Benkirane multiplie les gestes et déclarations de bonne volonté et d’apaisement.
L’affaire revient sur le devant de la scène
Le 9 juin dernier, le très informé et encore plus influent site espagnol elconfidencialdigital annonçait que Rabat préparait un dossier volumineux sur Sebta et Melilla, qu’il devait remettre à la Commission de décolonisation de l’ONU, pour le 40ème anniversaire de sa demande de récupération du Sahara.
Le ministre des Affaires étrangères espagnol José Manuel Garcia Margallo a d’ores et déjà demandé à ses collaborateurs de mettre en place une stratégie de réponse à Rabat, au cas où le dossier en question soit effectivement déposé à l’ONU, auprès de cette même commission qui statuera (un jour) sur le cas de Gibraltar, un rocher sous souveraineté britannique mais réclamé par l’Espagne.
Madrid peut se montrer particulièrement agressif si Rabat fait sa demande solennelle et officielle. L’Espagne entend riposter avec deux arguments : les habitants des deux présides souhaitent rester espagnols (niveau de vie meilleur, appartenance à l’UE…), et si le Maroc veut décoloniser, l’Espagne demandera la réciprocité pour le Sahara… Cela augurerait de jours sombres dans les relations entre les deux pays voisins. Le Sahara est une ligne rouge pour le Maroc, le Maroc sait que l’Espagne le mettra sur la table en cas de revendication de la marocanité des deux villes, et donc le Maroc réfléchira à deux fois avant d’y aller et l’Espagne à trois fois avant de réagir…
De plus, argumente le site espagnol, contrairement à son père pour lequel cette affaire était secondaire, le roi Mohammed VI est convaincu de la marocanité de Sebta et Melilla, mais fidèle à son habitude, il fait les choses discrètement. Et le départ de Juan Carlos n’est pas une bonne chose car quand les relations se crispaient, pour une raison ou pour une autre, il prenait son téléphone et en touchait un mot à son « cousin » Mohammed VI, puis on tournait la page. Or, les liens d’amitiés ne sont pas aussi forts entre Felipe VI et le souverain marocain.
Benkirane arrondit les angles (et se lave un peu les mains)
En visite en Espagne en juin, Benkirane avait dit et redit que le sujet n’était pas d’actualité. « Sebta et Melilla sont un sujet très ancien entre le Maroc et l’Espagne. Les deux pays continuent leur dialogue à propos de cette question. Mais quand nous sommes en train de construire des relations de confiance, nous commençons d’abord par des sujets sur lesquels nous sommes d’accord et par les nouveaux et pour les autres, nous en discuterons plus tard, peut-être »…
Hier, à la Chambre des représentants, le chef du gouvernement est allé dans le même sens, avec plus d’à-propos. Il a ainsi expliqué que « le Maroc n’est pas pays anarchique… Il a un chef d’Etat et je n’aborderai pas ce sujet tant que je n’en aurais pas reçu l’ordre du roi », dont les affaires étrangères sont en effet le domaine réservé. Benkirane a ajouté que « l’Espagne est un partenaire économique solide du Maroc et parfois dépasse la France dans les échanges et les chiffres. Il nous faut renforcer cela et non le saper », précisant, en citant le roi Hassan II, que « cette affaire n’est pas finie et sera abordée le moment venu, quand l’Espagne reprendra ses revendications sur Gibraltar ».
Et puis, fidèle à lui-même, il a conclu sa déclaration sur les deux villes par cela : « si nous ne pouvons mener une discussion à son terme, alors nous ne l’entamons pas. Nous ne sommes pas dans une logique médiatique, et nous ne sommes pas payés pour polémiquer ».