Le PJD épingle le PAM sur « les fondamentaux du pays » et la religion
Cette fois, c’est le PJD qui attaque, et il prend pour appui la récente conférence organisée par un des dirigeants du PAM durant le mois de ramadan et qui avait pour invité principal Sayyed Qimni. L’homme est un penseur musulman égyptien, tendance laïque, qui est venu exposer ses vues à Rabat, à l’invitation de l’association Damir.
Sayyed Qimni est un rationaliste qui récuse la vision des salafistes et des théories littéralistes. Il se réclame du courant rationnel des Muâtazila du début de l’ère musulmane et qui privilégiaient l’esprit à la lettre du message divin. Au Maroc, pendant le mois de ramadan, l’intellectuel a dit ce qu’il pensait sur un certain nombre de sujets, dont le prophète Mohammed et la cérémonie de l’allégeance. Il n’en fallait pas plus pour inciter les députés du PJD à dégainer leurs questions et mettre la pression.
Ainsi, une question a été posée au parlement au ministre des Affaires islamiques sur « la conduite à tenir face à cette atteinte aux fondamentaux du pays ». L’attaque est frontale, et on attend la riposte, mais avant, il faut que le ministre réponde à la question à lui posée…
Qu’a donc dit Sayed Qimni ? Que « la bé’ia (allégeance) n’a aucun fondement démocratique car elle suppose qu’un homme vient, se place au-dessus de tout le monde, puis exige la soumission des autres face à sa personne ». Puis l’orateur s’interroge à voix haute sur les desseins divins et la volonté de Dieu de faire ériger un Etat musulman : « Si Dieu voulait vraiment un tel Etat, pourquoi a-t-il alors tant tardé à le faire exister et prospérer par les musulmans, surtout que d’autres ont bâti les leurs, les Pharaons, les Grecs, les Romains, les Perses… ? ».
D’autres propos sur les califes successeurs du Prophète ont achevé d’énerver les députés du PJD qui ont adressé leur question à Ahmed Taoufiq. On attend donc sa réponse. Voici deux semaines, déjà, le chef du gouvernement avait donné le signal des hostilités quand il avait eu ces propos sur le penseur égyptien : « Ce clown, qui est dans le faux, a un regard condescendant envers la bé’ia et croit qu’avec ce parti (le PAM, en l’occurrence), cette tradition, qui est l’un des fondements de ce pays, sera détruite ».
Mais au-delà de l’orthodoxie religieuse que semblent défendre les députés islamistes, il ne faut pas oublier que nous sommes en période préélectorale et que c’est dans des moments pareils que tous les moyens deviennent bons pour éreinter son adversaire, ou du moins à l’acculer à la défense en le poussant dans les cordes.
Mais la question est de savoir pourquoi le PJD n’avait-il pas dépêché ses penseurs et intellectuels pour donner la réplique à Sayyed Qimni quand il intervenait…