Passe d’armes virile au parlement sur les libertés individuelles… et d’habillement
Mardi après midi, la Chambre des représentants a connu un de ses moments intenses et forts, quand plusieurs députés, députées plutôt, ont remis sur le devant de la scène les événements qui ont marqué le mois de ramadan. Hasna Abouzaid (USFP) ou Nouzha Skalli (PPS) ou encore Khadija Rouissi (PAM), ont interpellé le ministre de la Justice et des Libertés sur l’égalité hommes-femmes et sur les libertés individuelles.
Ainsi, Nouzha Skalli attaque en affirmant que l’égalité des sexes et les libertés doit être garantie par le gouvernement, « les libertés doivent donc être protégées, et essentiellement concernant les filles, qui doivent avoir le droit de porter jupes, maillots de bain et jeans, exactement comme les hommes qui peuvent revêtir ce qu’ils veulent sans que personne ne leur demande des comptes ». Pour Mme Skalli, interpellant le ministre des Affaires islamiques, « il faut que ces messages soient relayés aussi dans les mosquées pour que les gens comprennent et admettent mieux ces choses ».
La même doléance a été exprimée par Hasna Abou Zaid qui est revenue sur le concept d’ « éveil islamique », appelant le ministre de la Justice à éclaircir ce point. L’élue socialiste a attiré l’attention de ses pairs élus qu’il existe certaines associations qui œuvrent à se « faire justice » elles-mêmes, et a appelé le gouvernement à assumer ses responsabilités en expliquant à ces gens qu’il n’appartient à personne de se substituer à la loi.
Pour sa part, Khadija Rouissi, présidente fondatrice de Bayt al-Hikma et députée PAM, a mis le doigt sur la plaie, la plaie étant les sorties (malheureuses) de certains membres du gouvernement, Benkirane en tête, qui sont de nature à inciter les gens à s’en prendre à d’autres pour, par exemple, leurs tenues vestimentaires. Mme Rouissi a également rappelé la sortie du chef du gouvernement sur l’adultère (quand il s’en était vertement pris au SG du CNDH, NDLR), insistant sur le fait que pareilles déclarations émanant de responsables de premier plan de l’Etat pouvaient être comprises dans un sens extrême par les gens.
Dans sa réponse, Mustapha Ramid, ministre de la Justice et des Libertés, a précisé que « les femmes pouvaient se vêtir comme bon leur semblait, mais sans que cela n’aille jusqu’à un certain degré nudité, ce qui est expressément interdit par la loi, provoque les gens et peut créer le désordre »… Cela étant, précise le ministre, « les droits et libertés sont garantis dans la mesure du possible. Nous n’avons pas encore atteint tous nos objectifs car nous en sommes encore à une période transitoire », ajoutant que « si les libertés sont garanties, elles doivent être exercées avec responsabilité ». Enfin, conclut Ramid, « les événements qui se sont produits ces dernières semaines sont des faits isolés, il ne faut pas les généraliser ». Ce n’est pas l’avis de Khadija Rouissi qui estime que, précisément, ces faits ne sont pas isolés.
Il est vrai que coup sur coup, les prises à parties de personnes pour leur habillement ou leur pratiques sexuelles ont dangereusement avancé ces derniers temps, depuis la manifestation devant le domicile des deux homosexuels de Rabat à l’affaire des jupes d’Inezgane ou encore l’agression de l’homosexuel de Fès ou, enfin (et la liste n’est pas exhaustive) le mouvement de foule contre une jeune fille en short dans un souk de Safi.