Près de la moitié des 75.000 détenus marocains en attente de jugement
La politique pénale est une chose, le projet de Code pénal en est une autre, mais les différents parquets du royaume agissent toujours comme avant, incarcérant à tour de bras. Le résultat est effarant, et épinglé par l’Observatoire national des prisons qui relève que sur 74.941 personnes détenues dans les 77 prisons marocaines (au 31 décembre 2014), plus de 31.000 sont encore en attente de leur jugement, soit 42.5% de l’effectif pénitentiaire total.
Pour Abdellah Mesdad, secrétaire général de l’ONP, « il existe dans nos prisons des détenus qui sont relâchés le jour même de leur condamnation du fait qu’elles ont entretemps purgé la totalité de leur peine en détention préventive ». Cette situation est due à la propension des procureurs et des juges de maintenir des gens en prison dans l’attente de leur jugement. Si on ajoute à cela la lenteur des procédures et les incessants reports procéduraux des procès, on comprend mieux la situation pénitentiaire au Maroc. L’ONP appelle à mettre en place au plus vite le système des peines alternatives et à réduire au plus possible les peines privatives de liberté.
L’ONP suggère également l’élargissement des détenus souffrant de problèmes mentaux, dont l’effectif se chiffre à quelques 3.800 personnes. Au-delà de l’irresponsabilité de ces gens dans les actes commis, il est possible de les acheminer vers des hôpitaux psychiatriques pour y recevoir les soins nécessaires, internés s’il le faut.
Quant aux conditions de détention, elles sont extrêmement pénibles puisque, par exemple, pour le seul centre d’Oukacha à Casablanca, ils sont plus de 8.000 détenus pour une capacité de 5.800 places seulement. L’ONP affirme en outre avoir relevé 50 cas de grèves de la faim pour diverses raisons, essentiellement la contestation des retards de jugement ou les mauvais traitements reçus de la part du personnel pénitentiaire.