Les derniers développements des journalistes français suspects de chantage contre Mohammed VI
Eric Laurent et Catherine Graciet sont désormais libres de leurs mouvements, ou presque… Ils sont mis en examen pour chantage et extorsion de fonds, placés sous contrôle judiciaire et interdits de communiquer entre eux. Ils ne se sont pas encore directement exprimés sur cette affaire, mais on en sait un peu plus… et la conviction de leur culpabilité se renforce chaque jour un peu plus aussi…
Les faits, tels que rapportés par la presse française
« Vous voulez quoi ? », demande, selon le compte-rendu d’enregistrements téléphoniques publié par le Journal du Dimanche, l'avocat marocain qui enregistre la conversation sur son iPhone, à Eric Laurent. Nous sommes le 11 août, dans un palace parisien, deux semaines après que le journaliste eut contacté le palais pour lui faire son offre : « votre argent contre notre silence »…
- Je veux trois.
- Trois quoi, trois mille ?
- Non, trois millions.
- Trois millions de dirhams ?
- Non, trois millions d'euros ».
L’avocat rencontre plus tard les deux journalistes, qui acceptent de signer un engagement selon lequel ils n’écriront plus rien sur le palais royal et le roi du Maroc. « Vous et Madame Graciet, [êtes] disposés à renoncer à la publication de cet ouvrage, et de façon plus générale, [que] les informations sensibles que vous avez, vous êtes disposés à prendre l’engagement de les oublier ».
La lettre, manuscrite, d’Eric Laurent mentionne que les deux journalistes s’engagent à ne plus rien dire, contre 2 millions d’euros, et une avance de 80.000 euros. Les protagonistes avaient pris rendez-vous à l’hôtel Peninsula.
« Éric Laurent promet qu’en cas d’accord sa co-auteure, qui a pour «passion l’équitation», «se consacrera à l’équitation en même temps qu’elle écrira une biographie historique. […] On en a discuté, elle a dit que si vous arrivez à un accord elle arrête tout, le livre, les articles, les interventions publiques », ajoute le JDD, enfonçant encore plus les deux écrivains.
Ce rendez-vous avait été organisé en concertation avec la police. Mais Catherine Graciet, méfiante, aurait demandé à changer d'hôtel. Les journalistes et le représentant du Maroc se sont alors transportés au bar de l'Hôtel Raphael, situé en face du Peninsula.
Les commentaires
Vendredi, alors que les deux journalistes sont toujours en garde à vue, l'avocat de la journaliste Catherine Graciet, Eric Moutet, avait confirmé qu'un « deal financier » avait bien eu lieu dans un « contexte très troublant » et avait évoqué « un piège » dans lequel serait tombée sa cliente. « C'est un contournement de procédure. Quand on demande à un avocat de faire des écoutes sauvages à la place de la police, il y a un problème (…). Je ne peux que dénoncer cette pratique de recollement des preuves se faisant de manière aussi déloyale, voire totalement illégale », enrage Me Moutet. Il sait pourtant pertinemment que pour que la poice accepte d'enclencher une action, il lui faut des preuves...
Pour sa part, l’avocat d’Eric Laurent est William Bourdon, réputé pour son engagement admirablement constant contre le Maroc. Il explique que « Eric Laurent reconnaît et assume, pour des raisons qui tiennent à un contexte personnel difficile, avoir consenti à rechercher un accord financier dans des conditions totalement étrangères à un chantage ou une extorsion de fonds ». Me Bourdon dénonce dans un communiqué vigoureux « une opération de désinformation ahurissante montée depuis quarante-huit heures par l'avocat de Rabat ». L’avocat de Laurent évoque de plus un « traquenard » et une « manipulation ». De qui ? Du palais royal de Rabat bien évidemment… Puis il passe au juridisme, expliquant en substance que rien n’indique que les deux journalistes ont eu l’initiative de l’opération.
Quant à Me Eric Dupond Moretti, avocat français de Rabat (on ne connaît pas le nom du conseil marocain), il répond avec force : « Ils sont tellement à court d'arguments qu'ils ne reculent devant rien! Me Bourdon, donneur de leçon, et déontologue à ses heures perdues, même de ses vacances grecques, m'accuse d'avoir monté un traquenard! Mais on marche sur la tête! La vérité est simple, on est venu nous menacer, réclamer des fonds, et nous avons appelé la police et déposé plainte auprès du parquet. Maintenant, il suffit d'écouter les enregistrements et de lire le papier signé de la main de ces deux pseudo-journalistes ».
La question qu’il reste à poser est l’absence quasi-totale des Marocains. L’avocat n’est pas connu, et les médias du Maroc n’ont eu accès à aucune information. Ils en sont réduits à puiser les informations tantôt sur BFM TV, tantôt sur le JDD, ou même l’AFP. Et pourtant, au-delà de l’implication pour l’instant supposée et de la culpabilité encore à prouver, judiciairement du moins, les médias marocains ont été unanimes à condamner cette pratique de leurs deux confrères français. Problème de communication locale, donc ? On n’en saura peut-être jamais rien… Quant à la presse française, on y sent un certain embarras, surtout que le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, oubliant même la présomption d’innocence, a parlé d’ « un mauvais film »…
Aziz Boucetta