Chantage contre le roi Mohammed VI, (nouveau) récit des événements

Chantage contre le roi Mohammed VI, (nouveau) récit des événements

Dans l’attente que la justice française, saisie, se prononce dans l’affaire opposant le palais royal aux deux journalistes Eric Laurent et Catherine Graciet, les deux parties se livrent à une guerre médiatique et livrent les informations qu’elles détiennent. Il semblerait que les deux journalistes soient dans une mauvaise posture, où leur vénalité se confirme de plus en plus, malgré des révélations qui se veulent fracassantes.

Le journal le Monde a livré une réaction de l’entourage du secrétaire particulier du roi Mounir Majidi : « « Et les 40.000 euros qu’ils ont chacun empochés ? Ils comptaient nous les renvoyer par la Poste ? ». Exact, et ce fait à été rappelé à Laurent et Graciet par tous les journalistes qui les ont interviewés depuis la semaine dernière, s’interrogeant et les questionnant sur leur déontologie.

Eric Laurent, qui se défend d’avoir le premier parlé d’argent, appelle donc le 23 juillet le palais royal et demande à parler à Majidi car «  (il) a des éléments d’une extrême gravité à lui communiquer ». Plus tard, Laurent et sa collègue argumenteront que cet appel est destiné à croiser les informations qu’ils détiennent avec celles que leur procureraient le palais, auquel ils devaient selon eux donner la parole. « Communiquer des éléments d’une extrême gravité » n’est pas forcément la meilleure manière de demander l’opinion à une partie enquêtée.

Le secrétaire de Mohammed VI délègue alors Me Hicham Naciri, avocat du palais, une charge et un client que son père – Mohamed Naciri, avocat du palais depuis Hassan II et ministre de la Justice dans le gouvernement Abbas el Fassi – lui a légués. Suite à cette affaire, rondement et efficacement menée, il faut le dire, le fils n’est plus l’héritier du père, mais aura gagné ses galons d’avocat du palais.

«  Y a pas grand-chose »

Rendez-vous est donc pris à Paris, entre l’avocat marocain et le journaliste Eric Laurent, pour le 11 août. Là, la discussion s’engage. Me Naciri tente d’en apprendre le plus possible suite à cette phrase qu’il impute à son interlocuteur, et qui doit être « ressortie » par les analystes du laboratoire technique de la police française : « Avec ma collègue Catherine Graciet, nous avons signé pour la publication au Seuil d’un Roi prédateur n° 2. (…) Nos informations sont explosives. (…) La monarchie ne peut pas se permettre le scandale que causerait un tel livre ». Le Marocain prêche alors  le faux pour avoir le vrai et évoque le fameux compte du roi à la banque HSBC, qui avait été révélé par le Monde en février dernier. Eric Laurent, sur un ton détendu, explique qu’il s’agit plutôt de l’OCP et de Nareva, une filiale de la holding royale SNI. Me Naciri juge les informations réchauffées, « épuisées » dit-il plus précisément, « y a pas grand-chose », ajoute-t-il.

Pourquoi Me Naciri dit-il cela ? Parce que, selon la chaîne M6 qui s’est procurée une partie des enregistrements de la conversation entre les deux hommes, Eric Laurent dit détenir des informations sur l’OCP, à lui remises par un service de renseignements étranger, « qui n’est pas français ». A l’en croire, la famille royale, et plus précisément le prince Moulay Rachid,  serait impliquée dans des ponctions dans la caisse de l’OCP, et le roi Mohammed VI aurait nommé plus tard Mostafa Terrab pour remettre de l’ordre dans la maison. Me Naciri sait bien que tout cela n’est pas crédible, et que des manipulations peuvent se produire, surtout quand Eric Laurent ajoute que le roi aurait retiré cette manne à son frère pour se l’approprier ; alors il essaie de connaître les sources, dont ce fameux « service de renseignements ». Le journaliste reste vague et mystérieux et donne d’autres informations de nature à aiguiser l’appétit de son interlocuteur marocain.

Alors Eric Laurent explique aux enquêteurs avoir entendu Me Naciri lui proposer qu’ « on pourrait peut-être envisager une rémunération, une transaction, en contrepartie d’un retrait écrit », une phrase qui ne ressort pas dans l’enregistrement, alors que comme le téléphone se trouvait dans la poche de l’avocat, ses propos sont parfaitement audibles. La crédibilité de Laurent peut donc apparaître écornée.

Mais Eric Laurent campe sur ses positions et maintient que les informations qu’il détient, avec Catherine Graciet, sont explosives et peuvent s’avérer particulièrement préjudiciables pour la monarchie. Et  mû par un sentiment de compassion, semble-t-il, il hésite et laisse paraître une volonté de trouver une solution… « Je préfère éviter la sortie du livre », suggère-t-il, et s’entend répondre du tac au tac : « Alors ne le sortez pas ! », ce à quoi il réagit par un « Ah, vous comprenez »… puis parle d’accord, avec contrepartie bien entendu. Et c’est là que le dialogue déjà publié intervient sur les trois millions d’euros.

Me Naciri reste sceptique et explique que les informations dont se prévaut Laurent ne méritent pas une telle somme, mais il prend ses précautions : « Donc pour vous, l’objectif, en cas d’accord (…) vous prenez l’engagement avec Catherine Graciet d’oublier, d’oublier de façon absolue de parler de tout ce qui peut toucher de près ou de loin au Maroc ». Difficile de continuer de soutenir qu’il ne s’agit pas d’un chantage, malgré la convivialité apparente de la discussion. On remarquera que Catherine Graciet est absente et que les termes de l’accord naissant sont négociés par le seul Eric Laurent. Sur le plateau d’iTélé, le journaliste explique pourtant que Graciet est au courant de tout, contrairement aux affirmations de cette dernière au journal le Parisien.

Avant de se séparer, l’avocat demande au journaliste : « A propos, où en êtes-vous de la rédaction du livre ? »… «  On n’a pas encore entamé la rédaction. On doit rendre un manuscrit dans trois mois ».

« Comment voulez-vous que l’on procède ? », interroge Laurent. Me Naciri : « Je ne sais pas, mais il va falloir prévoir à un moment un protocole d’accord que nous signerons tous les trois ». Pour le montant l’avocat demande à son interlocuteur de réfléchir... Ce qui est certain, c’est que le journaliste n’a jamais refusé la solution de l’arrangement, tandis que son interlocuteur, Me Hicham Naciri, œuvrant pour le compte de Mounir Majidi, ne condamne pas cette façon de faire, dans le but de laisser toutes les possibilités à son client.

On ne cède pas au chantage, on porte plainte

L’avocat part alors pour le Maroc consulter le secrétaire du roi, qui prend très certainement avis auprès de Mohammed VI ; après tout, le chantage, puisqu’il semblerait que c’en est bien un, s’exerce contre Mohammed VI. Et la décision tombe : on ne cède pas, et on porte plainte, d’abord à Casablanca, où exerce Me Naciri, puis à Paris.

L’avocat marocain avise donc la justice française, avant de prendre rendez-vous avec Eric Laurent le 21 août ; la police est au courant et sait que Me Naciri enregistre la conversation, ce qui confère aux bandes-son la légalité requise. Une fois ensemble, les deux hommes discutent des modalités et Me Naciri insiste pour rencontrer Catherine Graciet, « puisqu’on parle tout de même de 3 millions d’euros ».

Le 27 août, les deux hommes se retrouvent avec, pour la première fois, Catherine Graciet qui, entretemps, a été informée des détails par son co-auteur. Me Naciri demande encore et toujours des documents, des sources, des preuves ; les deux journalistes refusent, mais Catherine Graciet est résolument engagée dans la discussion, et on parle de choses et d’autres, comme de cette scène où de la drogue aurait été trouvée dans une valise diplomatique ; Me Naciri reste sceptique et estime que c’est là un argument pour augmenter la somme et réduire la capacité de négociation et de marchandage des Marocains.

Singapour ou Hong Kong…

« Il en ressort une impression... enfin... apocalyptique », dit Catherine Graciet . « Dévastateur... dévastateur », abonde Eric Laurent. L’avocat marocain s’absente et revient avec une contre-proposition d’un million et demi d’euros. « Après, vous l’acceptez ou vous la refusez, je ne peux pas vous l’impose r», poursuit-il, avant de proposer de rédiger un document « avec des engagements réciproques ». Les parties tombent d’accord sur deux millions. Le paiement, « c’est soit Singapour ou plus sûrement Hong Kong », lâche Eric Laurent.

Me Naciri remet alors une avance aux deux journalistes, sous forme de deux enveloppes de 40.000 euros chacune, en coupures de 100 euros. Graciet se dit « soulagée ». Les deux Français les empochent et sortent, pour être arrêtés par les policiers en embuscade.

Chantage et extorsion de fonds, donc… des accusations auxquelles on pourrait ajouter la circonstance aggravante de tentative de dissimulation, puisque Hong Kong et Singapour ont été évoqués. Pourquoi parler de ces paradis fiscaux si la transaction est régulière, comme a été le dire Eric Laurent dans les médias ?

Plus tard, le journaliste dira qu’il « conteste une partie de l’authenticité des enregistrements. (…) La première interview audio peut avoir été modifiée avec des moyens techniques élaborés », ce à quoi les Marocains et leurs conseils répondent souhaiter « bien du courage aux conseils de la partie adverse pour prouver la falsification, puisque les bandes sonores ont été préalablement vérifiées par la police française ».



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