La majorité tient toujours, mais se fissure avec une guerre des communiqués

La majorité tient toujours, mais se fissure avec une guerre des communiqués

Le PJD a franchi le mur du scrutin du 4 septembre, et a été suivi tant bien que mal par ses alliés, le MP, le RNI et le PPS. Mais l’alliance des quatre partis risque de se fracasser contre le second obstacle, celui de la formation des conseils communaux et régionaux. Une guerre des communiqués et des déclarations a commencé, principalement entre le RNI et le PJD. Le film des événements.

Vendredi 4 septembre, jour de scrutin, les uns rient à gorge déployée, les autres ragent d’avoir été si près du but et les autres enragent tout simplement. Le chef du PJD Abdelilah Benkirane, grand vainqueur de l’élection, trace les lignes : les alliances entre majorité seront privilégiées, des accords avec des « partis nationaux » sont éventuellement possibles et envisageables et tout rapprochement avec le PAM est proscrite. C’est une « ligne rouge », précise Benkirane.

Dimanche, le président du RNI Salaheddine Mezouar laisse entendre lors de sa conférence de presse qu’il n’était pas exclu pour le RNI d’envisager de contracter des alliances avec d’autres partis que ceux de la majorité. Cela a eu pour effet de retarder quelque peu la réunion prévue des quatre partis gouvernementaux.

Lundi 7 septembre, les chefs de ces partis se retrouvent au domicile de Benkirane pour mettre en place les modes et méthodes d’alliances au niveaux local et régional. Là, les fuites et les déclarations sous couvert d’anonymat commencent. Elles viennent du PJD et du RNI. L’enjeu n’est pas tant de se départir de la majorité gouvernementale que de monter les enchères pour obtenir le plus de présidences possibles, dans les villes et les régions.

Le soir même, le PJD fait paraître un communiqué, tard dans la soirée : le parti privilégie les alliances entre formations de la majorité et précise que jusque-là, il a tenu son engagement, faisant en sorte d’impliquer ses alliés dans la gestion des collectivités où il aurait obtenu la majorité absolue.  Mais, dans le même temps, le PJD affirme qu’ « il n’exclut pas la possibilité d’alliance avec d’autres partis de la majorité ». La cause en serait la petite phrase de Mezouar.

Mardi 8… Une troisième réunion de la majorité gouvernementale échoue à trouver une ligne conductrice entre les quatre chefs de partis. Le RNI publie un communiqué où il dit être attaché à la logique de la majorité, acceptant que chacun des membres ayant la majorité absolue dans une ville en prenne la présidence mais insistant sur des négociations pour les autres collectivités, essentiellement des Régions, où aucune majorité absolue ne s’est dégagée pour aucun des 4 partis.

Ce sont bien évidemment les ambitions personnelles et les jeux d’équilibre au sein de chaque parti qui sont à l’origine de cette fissure dans la majorité. Le RNI veut à tout prix la région d’Agadir, que le PJD veut offrir au PPS en contrepartie de faveurs lors du vote pour le directeur de cabinet de Benkirane, Jamaâ Moatassim, pour la présidence de la ville de Salé.

Par ailleurs, le PJD tient à la présidence de la ville de Tétouan où il est arrivé premier, mais le RNIste Rachid Talbi Alami veut cette présidence, renonçant à conduire la Région Tanger-Tétouan. Il faut dire que le secrétaire général adjoint du PAM Ilyas el Omari se tâte encore (officiellement) pour prendre la tête de cette région. Prudent, Talbi Alami semble vouloir se contenter de Tétouan.

Selon un membre de la direction du PJD, le RNI se présente comme discipliné au sein de la majorité, mais pour mieux masquer son appétit de fauteuils présidentiels. Mezouar, selon notre interlocuteur, a demandé la présidence des villes de Rabat, Tétouan et Marrakech, en plus de la région de Rabat-Salé-Kenitra, bien que le PJD s’y soit classé premier. C’est tout le « talent » de négociation de Mezouar qui réapparaît, et qui rappelle les discussions âpres pour la formation de Benkirane II.

Cela a bien entendu suscité la colère de Benkirane, ce qui a donné lieu au communiqué de lundi soir du PJD. Il y a donc de fortes chances pour que la majorité gouvernementale éclate lors de ces négociations pour les villes et les régions.



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