Education nationale, des classes surchargées et une réforme qui tarde encore…
Le constat est accablant… Des classes atteignant un effectif de quelques 70 élèves et près de 80% des écoliers ne sachant pas lire, ni écrire et encore moins calculer au terme de leur 4ème année du primaire, selon des chiffres apportés par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS). Le ministre de l’Education nationale Rachid Belmokhtar, et par ailleurs membre dudit conseil, a présenté lundi 21 septembre ses premières mesures. Urgentes, dit-il…
Après le programme d’urgence qui avait été lancé à la fin de la première décade des années 2000, et qui avait coûté à l’Etat la bagatelle de 3,3 milliards de DH avec le résultat que chacun sait, le ministre de l’Education nationale annonce d’autres trains de mesure, concoctées d’un commun accord avec le CSEFRS. Il est vrai que le constat dressé pour le secteur est plus que navrant, inquiétant.
Alors Rachid Belmokhtar commence par rappeler les inévitables platitudes que sont la « vision stratégique 2015-2030 », l’ « école de l’équité et de l’égalité des chances » et la nécessité de développement d’une « société inclusive et solidaire ».
Et donc, les mesures. Le ministre nous informe que la priorité à court terme sera accordée au premier cycle d’études, et plus spécialement aux 4 premières années qui n’apprennent en fait pas grand-chose aux jeunes élèves. Il s’agira d’améliorer dans un premier temps les curricula, c’est-à-dire les programmes en langage profane, sur un échantillon expérimental de 800 établissements et d’assurer dans un second temps le suivi des apprenants en vue d’identifier les points forts et les insuffisances des programmes éducatifs avant leur généralisation à l’ensemble des écoles nationales.
« Nous avons besoin de tester les futurs programmes et méthodes d’enseignement avant de les généraliser afin de nous assurer de leur efficacité et afin d’éviter de commettre les erreurs du passé », explique M. Belmokhtar.
Et après ? Il faudra observer les moyennes – dont la méthode de calcul et les seuils demeurent mystérieux – qui permettront le passage d’un cycle à un autre. Pour ceux qui n’auront pas obtenu la note suffisante, et pour lesquels tout laxisme sera désormais banni, des cours de soutien individualisés seront dispensés pour renforcer le niveau de chacun. Comment faire ? « Les horaires de cours seront révisés », dit le ministre.
Mais il y a aussi l’approfondissement de l’apprentissage en langues étrangères afin de permettre aux élèves du primaire passant au secondaire de mieux maîtriser ces langues et de pouvoir suivre l’enseignement dispensé dans les collèges.
Au niveau du lycée, les sections internationales du Baccalauréat marocain seront étendues au niveau national, et désormais disponibles dans 250 lycées.
Mais il reste le problème des enseignants : Rachid Belmokhtar précise que sur 230.000, plus de 10% ont une formation insuffisante et un grand nombre est à l’approche de la retraite. Il faudra améliorer la formation des premiers et sensibiliser les seconds quant à l’importance de leur tâche, dont l’encadrement de leurs cadets.
Pour ce qui concerne, enfin, le phénomène de la fraude au baccalauréat et essentiellement les fuites enregistrées dans certains matières, Rachid Belmokhtar n’a rien dit, à part peut-être que « l’enquête est toujours en cours ».
On peut penser, à tort peut-être mais sans doute à raison aussi, que la réforme de l’école attendra encore avant sa mise en pratique sérieuse, et des résultats performants que l’on est en droit d’en espérer.