Dialogue 5+5 à Tanger, la jeunesse ouest-méditerranéenne s’exprime et les Etats écoutent
En ces temps troubles, le Dialogue 5+5 est surtout connu pour servir de cadre aux réunions des ministres de l’Intérieur des 10 pays concernés, engagés dans la lutte contre le terrorisme ; mais ce Dialogue n’est pas que cela, comme l’a montré la rencontre de Tanger des 6 et 7 octobre, une conférence où la société civile et les jeunes ont été à l’honneur et qui a été prise à l’initiative du ministère marocain des Affaires étrangères.
Qu’est-ce que le Dialogue 5+5 ? Il s’agit d’une conférence unissant les 5 pays du Maghreb en plus des pays ouest-méditerranéen, Italie, Malte, France, Espagne et Portugal. Créé en 1990 avec d’autres cadres contextuels et conditions (géo)politiques, il a vu le nombre des sujets et domaines traités augmenter d’année en année. Le principe initial était que « la Méditerranée est trop étroite pour séparer », et on pourrait dire qu’aujourd’hui, « la Méditerranée est assez étroite pour unir »…
Et de fait, cette conférence a mis en évidence la société civile et plus particulièrement la jeunesse des deux rives de la Méditerranée, ce qui explique la présence active de l’Union pour la Méditerranée (UPM) venue en force avec son secrétaire général Fathallah Sijilmassi et sa SG-adjointe Delphine Borione.
Les thèmes retenus pour cette rencontre sont au nombre de trois : « La sécurité en Méditerranée occidentale et dans son voisinage », « la croissance économique en Méditerranée occidentale » et « la jeunesse méditerranéenne : opportunités et défis ».
Le patron de l’UPM a ainsi rappelé que l’heure n’est plus à la Méditerranée des discours, mais à celle de l’action. Et il a donné des chiffres, montrant que l’action est la chose dont la région a le plus besoin en effet… Le Maghreb a 60 millions de jeunes, qui seront 80 millions dans une demi-génération. Dans la zone du 5+5, 30% des jeunes en âge de travailler sont au chômage, ce qui fait que la zone MENA (Middle East & North Africa) affiche un taux de chômage des jeunes parmi les plus élevés au monde. Quant aux femmes, dans la même zone MENA, elles ne sont que 23% à avoir un emploi, ce qui induit cette remarque de Delphine Borione, « on ne peut trouver et développer des solutions dans une région qui se prive de la moitié de ses compétences ».
De fait, l’UPM a exposé les différents outils et instruments mis à la disposition de la société et de l’économie de la région : le projet Homère (qui organise entre autres des stages qualifiants en entreprise pour les jeunes), Maharat Med (pour compétences, et destiné à encourager l’employabilité dans le cadre de projets privés), Injaz al Arab (pour la création d’entreprises), en plus de projets sur l’autonomisation des femmes, et plus exactement 10 destinés à 50.000 bénéficiaires.
Il y avait donc des patrons d’entreprises à Tanger mais pas seulement, car l’accent était donné aux réseaux, associations et porteurs de projets dans le cadre méditerranéen.
Les débats ont été axés autour des problèmes et problématiques de la société civile, du « vivre ensemble dans la différence et les spécificités de chacun », et donc la lutte contre le racisme, la xénophobie et les inégalités. Mais il a aussi été question de mobilité, un thème très bien présenté par Driss Ajbali qui a expliqué que « en termes de mobilité, il y a celle des biens et des capitaux mais pour les humains, il y a un problème, voire une injustice ; il y a en effet ceux qui peuvent se permettre d’être mobiles, ceux des 5 d’en haut, et ceux dont la mobilité est contrariée, et bien évidemment il s’agit des citoyens des 5 d’en bas ».
Dans l’attente de plus de mobilité, il faut travailler, comme l’a rappelé le ministre marocain des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar qui a insisté sur la nécessité de « plaider pour davantage de programmes d’échanges universitaires et d’interactions culturelles. Ces nouveaux horizons pour la région se doivent d’être accompagnés et soutenus par des dynamiques endogènes aux sociétés civiles de chacun de nos pays ».
Après la conférence des ministres des Affaires étrangères, le Portugal remettra la présidence à la France pour deux ans ; la co-présidence du Dialogue 5+5 sera encore marocaine pour un an pour la rive sud de la méditerranée. Durant cette période, les ministres travailleront en particulier sur les enjeux économiques et sécuritaires en Méditerranée occidentale et sur la résolution des crises régionales, dans le contexte créé par la crise des réfugiés. Mais désormais, l’entreprise, la jeunesse et la société civile seront plus entendues et mieux écoutées.