Coup de théâtre à la Chambre des conseillers : 10 élus soupçonnés d’achat de voix (sur une liste de 26 personnes)
La commission nationale de suivi des élections, composée entre autres des ministres de la Justice et de l’Intérieur, vient de publier la liste (ci-dessous) des noms de 26 personnes accusées d’avoir acheté des voix lors de l’élection des membres de la Chambre des conseillers. Parmi elles, 14 candidats et 10 élus. Un coup de théâtre, aussi inattendu qu’augurant d’un début – sérieux – de moralisation des opérations électives.
Les faits
Sur les 10 personnes élues, 5 sont du parti de l’Istiqlal, 2 du PAM, 2 du PJD et 1 RNI. Les autres sont accusés de complicité active dans l’achat des voix, dont deux fils de Hamid Chabat, Naoufal et Nabil.
Le parti de l’Istiqlal, par la voix de son porte-parole Adil Benhamza, monte au créneau et laisse planer la menace d’une démission collective des 24 membres élus du parti à la deuxième Chambre. Pour Benhamza, la manœuvre de la commission est de faire pression sur l’Istiqlal pour retirer la candidature d’Abdessamad Qayyouh à la présidence de la Chambre. Adil Benhamza fulmine également contre le fait que les noms de deux des fils du secrétaire général figurent dans la liste. Il y voit donc « malice et manipulation, en vue d’un contrôle sur la désignation du président de la Chambre des conseillers ».
Les villes de Fès (ancien fief de Chabat) et d’Agadir figurent en tête de liste avec 7 noms chacune, puis Nador (3), Casablanca et Rabat (2 chacune), el Jadida, Hoceima, Laâyoune, Settat et Tanger (1 chacune).
Le débat
Fallait-il publier la liste de noms de personnes présumées innocentes ? Le débat est ouvert et promet d’être animé. A notre sens, la réponse est oui. Il fallait publier cette liste, partant du principe que les membres de la commission savent ce qu’ils font et que s’ils ont « jeté en pâture » ces noms et malmené les principes de secret de l’instruction et de présomption d’innocence, comme on commence déjà à le dire, c’est qu’ils doivent disposer d’éléments de preuve contre eux, par écoutes, par enquête ou par dénonciation.
La justice fera son travail et si ces gens sont réellement innocents, ils seront blanchis, et grandis. Les 10 élus sont désormais des personnages publics et il est naturel que si on les soupçonne, ils doivent être jugés. Idem pour les autres, non élus. Et si, au final, l’innocence de ces personnes est avérée, la justice administrative existe pour condamner les deux ministères et rétablir les personnes incriminées dans leurs droits.
L’instruction et l’éventuelle mise en accusation de ces personnes devrait intervenir avant l’élection du président de la Chambre, et s’il y a décision de renvoi devant la justice, c’est tout le processus de désignation du 4ème personnage de l’Etat qui en sera bouleversé. Faudra-t-il les laisser voter pour le président ou non, sachant que les équilibres numériques et les positions de chaque parti seront modifiés ? Là encore, le débat est ouvert.
La liste
Voici les noms des personnes concernées, tels que publiés par la commission de suivi des élections :
1/ Fadili Ahl Ahmed Ibrahim (Laâyoune), Istiqlal ;
2/ Jilali Sabhi (Nador), Istiqlal ;
3/ Jamal Benrabiaâ (el Jadida), Istiqlal ;
4/ Mohamed Saïd Karam (Agadir), Istiqlal ;
5/ Aissam Khamlichi (Hoceima), Istiqlal ;
6/ Mustapha Harakat (Casablanca), PAM ;
7/ Chkail Abid (Rabat), PAM ;
8/ Abdelkader Salama (Nador), RNI ;
9/ Hamid Zatni (Settat), PJD ;
10/ Youssef Benjelloun (Tanger), PJD ;
9/ Othman Aila (Agadir) ;
12/ Habib Fana (Nador) ;
13/ Naoufal Chabat (Fès) ;
14/ Mohamed Ghazi (Fès) ;
15/ Mohamed Abbous (Casablanca) ;
16/ Abdessamad Archane (Rabat) ;
17/ Jamal Tabti (Fès) ;
18/ Redouane Youssoufi (Fès) ;
19/ Driss Shisseh (Fès) ;
20/ Fadoua Karim (Fès) ;
21/ Nabil Chabat (Fès) ;
22/ Mohamed Bouhdoud (Agadir) ;
23/ saïd Dour (Agadir) ;
24/ Rachid… (Agadir) ;
25/ Larbi Aknassi (Agadir)
26/ Brahim Hafidi (Agadir).