Qui est Neila Tazi, la patronne gnaouia élue à la Chambre des conseillers ?…
Elle est la seule patronne, la seule femme chef d’entreprise(s) à être élue au titre du collège CGEM à la Chambre des conseillers. Neila Tazi est désormais parlementaire, en plus d’être l’une des meilleures spécialistes de la communication au Maroc, d’être aussi vice-présidente de la CGEM (et présidente de sa commission communication), et d’être enfin la fondatrice du prestigieux et mondialement connu Festival Gnaoua et musiques du monde à Essaouira. Qui est cette dame aussi discrète qu’incontournable, aussi efficace que polyvalente ?
On peut penser la connaître, elle qui connaît tout le monde, mais on ne cesse de découvrir des facettes nouvelles de sa personnalité, chaque fois qu’on la rencontre. Neila Tazi avance dans la vie à pas feutrés, mais laissant son empreinte dans tous les secteurs qu’elle intègre. Elle a su faire de la communication, mais dans le sens très large du terme.
Dans les années 90, elle fonde A3 communication, avec la monstrueuse somme de 12.000 DH. L’entreprise est aujourd’hui l’un des acteurs majeurs de la communication événementielle (et autres) au Maroc. Elle gère la com d’entreprises au Maroc, mais préfère le monde. Elle a ainsi organisé le Global Entrepreneurship Summit 2014 (GES) avec le couple Cecilia et Richard Attias puis, tout juste deux semaines après, elle est derrière le succès du 2nd Forum mondial des droits de l’Homme.
Elle
Ne vous fiez pas à sa circonspection et à son apparente réserve, cette femme très discrète connaît tout de tout le monde. Elle fréquente les grands de ce monde et de ce pays, mais aussi les glands d’ici et d’ailleurs ; pour elle il n’y a pas de petits profils… et elle a une histoire avec chacun, une anecdote à raconter pour chacun et une connaissance parfaite des décideurs économiques, sociaux et politiques du Maroc. Son répertoire téléphonique en a presqu’acquis le statut de who’s who…
Fidèle à ses ami(e)s et loyale dans ses actions, Neila Tazi n’hésite pas à charger son agenda déjà surchargé. Elle s’inquiète, elle peste, elle conteste, elle proteste, mais elle va toujours de l’avant. Tellement qu’elle ne tient plus en place. « Mon bureau, c’est mon téléphone et mon ordinateur », dit celle qui semble travailler sans arrêt, rêvant la nuit de ce qu’elle a fait la veille et de ce qu’elle fera le lendemain…
D’où lui viennent cette énergie et ce désir de perfection dans la gestion de ses affaires et cette volonté de toujours bien faire ? De sa génétique, tout simplement, une génétique servie par un talent en forme de force tranquille… Fille de feu Abderrahmane Tazi, représentant du Maroc à la Banque mondiale 12 années durant, elle en a appris le sens des affaires et du savoir-faire. Petite-fille de Taïeb Sebti, ancien diplomate, elle en a retiré le sens du contact avec les gens et son talent pour l’entregent. Arrière-petite fille de Mohamed ben Hassan el Hajoui, elle en retirera le goût pour la pensée et le mysticisme spirituel.
Neila Tazi est l’épouse de Mohamed Abdi, un Oujdi qui en a l’accent et (même) le tempérament, entier et irréductible. Marocain de la tête aux pieds et Français jusqu’au bout des ongles, DESS en gestion d’entreprises et DEA en droit public, il est un passionné de la politique marocaine et hexagonale, mais d’une politique puriste et altruiste, tendance gauche des belles années. Entre le mari, socialiste féru d’idées et une épouse, militante engagée, les soirées au foyer risquent d’être enflammées, encore plus qu’elles ne le sont déjà.
« Son » festival
Alors elle avance, alternant le principe des petits pas pour réussir des grands bonds vers l’avant ! Ainsi, par exemple, du festival Gnaoua et Musiques du monde. Lancé en 1998 avec une tirelire cassée de 500.000 DH, ce festival est devenu dans l’intervalle l’un des plus prestigieux au monde, recevant les grandes stars, elles-mêmes fusionnant avec les grands gnaouis, dans d’étourdissantes soirées et/ou lilas, selon l’angle festif ou spirituel dans lequel on se place. Le festival a contribué à changer la face d’Essaouira et à engranger des recettes à milliards pour la ville, désormais désenclavée et encore plus connue dans le monde que du temps où Jimi Hendrix venait y taquiner la guitare, entre autres choses. Elle (co)fonde en 2009 l’association Yerma Gnaoua qui a su réaliser une monumentale Anthologie de la culture et de la philosophie gnaouis et, aujourd’hui, elle mène un combat homérique pour faire inscrire cette culture au patrimoine immatériel mondial de l’UNESCO, au nom du Maroc.
Elle circule dans Essaouira par temps de festival, comme une festivalière ordinaire qu’elle n’est absolument pas. « Quand la période du festival approche, Neila arrive comme un tsunami et emporte tout sur son passage, communiquant sa passion à tous, balayant les contestations et écrasant toutes les entraves et résistances », confie cet élu de la ville. Et, de fait, pour ceux qui l’auront un tant soit peu accompagnée lors de la préparation des dernières éditions du Festival gnaoua, elle a su contourner tous les écueils administratifs et tous les obstacles financiers, trouvant des solutions là où la wilaya peinant à avancer et changeant au pied-levé un sponsor par un autre…
Son travail
Amie et complice de cette autre grande dame qu’est Miriem Bensalah Chaqroun, elles ont réussi à faire de la CGEM l’incontournable et indispensable outil de promotion de l’entreprise. La Confédération n’avait jamais eu autant de présence depuis l’ère lointaine de Lahjouji et Chami.
Mais Neila Tazi reste toujours dans l’ombre, presqu’effacée pourrait-on penser ; elle suit Miriem Bensalah comme son ombre dans les grandes rencontres internationales, l’œil fureteur mais aiguisé, chaperonnant son amie et la protégeant contre tous les aléas possibles et les hostilités probables ; et il y en a, jusqu’au sein même du gouvernement. Elle est au GES ou au Forum des droits de l’Homme, évoluant dans une apparente nonchalance et une supposée indifférence, masquant soigneusement sa réelle présence.
Son fauteuil d’élue
Et maintenant, que pourra bien faire Neila Tazi à la Chambre des conseillers ? Elle défendra l’entreprise certes mais, anglophone car américaine de naissance et de nationalité aussi, elle portera haut le nom du Maroc dans les différents aréopages mondiaux où ses connaissances donnent encore une fois le tournis. Elle soutiendra la culture et la politique culturelle du pays, face à un ministère moribond et totalement effacé. Elle interrogera, bousculera, interpellera les ministres un peu trop à l’aise dans leurs certitudes…
Telle qu’on la connaît et telle qu’elle semble ne pas se connaître elle-même, elle démarrera une nouvelle vie législative (et qui sait, sans doute sera-t-elle membre du Bureau à constituer de la Chambre)… Cette nouvelle existence viendra s’ajouter à l’expérience entrepreneuriale, s’enrichir de la pratique associative et s’inspirer de la profondeur spirituelle de Mme Tazi, qui tranche singulièrement avec la fameuse Mme Tazi de Gad el Maleh… et puis, enfin, last but not least, elle viendra mettre de la passion et de la volonté dans cette Chambre qui en manque cruellement. Et de la couleur aussi.
Aziz Boucetta