Service sanitaire obligatoire, le gouvernement recule, et menace
Après plusieurs mois de bras de fer entre le ministère de la Santé de Houssaine el Ouardi et les étudiants en médecine, pharmacie et médecine dentaire, rétifs à l’idée du service sanitaire obligatoire tel que proposé (et presqu’imposé) par le ministère, et après ce qui ressemble à un refus de dialogue par le ministre, le gouvernement vient de publier un communiqué dans lequel il souffle le chaud et le froid.
Les faits et le bras de fer
A l’origine, cette idée de service sanitaire obligatoire qui contraint les jeunes médecins à travailler pour la Santé publique, dans les régions reculées du royaume, durant deux ans.
Les étudiants avaient contesté l’idée, saluant le principe mais rejetant les conditions. Le ministère avait répondu que les jeunes médecins en SNO allaient bénéficier des mêmes conditions que leurs confrères titulaires et qu’ils n’avaient pas à refuser une décision gouvernementale œuvrant à l’« égalité sanitaire des citoyens ».
Les étudiants revendiquaient une titularisation de ceux qui seraient envoyés en SNO et réclamaient de meilleures conditions de travail. Le ministère leur avait opposé une fin de non-recevoir.
Mais les débats s’étaient tendus et les discussions étaient arrivées au point mort suite aux propos rudes, voire méprisants, de Houssaine el Ouardi, toujours droit dans ses bottes et faisant comme à son habitude peu de cas de ses contradicteurs, même s’il s’en défendait… « Ce ne sont pas des étudiants de 1ère année qui me dicteront ma conduite »… ou « qu’ils fassent une année blanche, ou jaune ou rouge, c’est leur affaire »… ou encore « qu’ils aillent au ministère et on leur fixera un rendez-vous »… Puis il avait reçu le plein soutien du gouvernement le 1er octobre.
Les étudiants ont alors entamé des actions spectaculaires, commençant par la menace d’une année académique blanche, et se terminant par des marches imposantes, des sit-in réguliers et des opérations de « lavage de voitures » dans les rues de Casablanca.
Réunion entre étudiants et ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur
Aujourd’hui, un communiqué vient directement de la présidence du gouvernement, reprenant les discussions qui ont lieu hier lundi 19 octobre entre le ministère de la Santé – auquel s’est entretemps adjoint le ministère de l’Enseignement supérieur - et les représentants des étudiants dans lesquelles il a été convenu que des contre-propositions allaient être soumises par les seconds et sérieusement étudiées par le gouvernement.
Celui-ci s’engage sur trois axes : création de postes budgétaires, amélioration des infrastructures et acquisition de matériels biomédicaux pour permettre aux médecins de mieux s’acquitter de leur mission. Cela répond en quelque sorte au cahier revendicatif des étudiants.
Entretemps, le projet de loi 28-15 a été retiré du site du ministère de la Santé.
La présidence du gouvernement s’implique, garantit…
Aujourd’hui, un communiqué du chef du gouvernement est publié, donc, dans lequel le gouvernement salue les débats engagés entre les deux parties en conflit (les deux ministères et les étudiants et médecins internes), confirmant son attachement à ce dialogue dans l’intérêt de la population et des cadres sanitaires et, surtout, son engagement à impliquer les étudiants dans les futures décisions et initiatives du secteur, en plus de garantir le meilleures conditions pour l’accomplissement de leurs tâches par les médecins.
… et menace aussi
Cela étant, le gouvernement exhorte l’ensemble des intervenants – professeurs, étudiants et parents et aussi l’ensemble des intervenants – à permettre une année académique normale, sans grève qui coûterait cher moralement, matériellement et en temps aussi.
Pour cela, précise le communiqué dans une dernière phrase laconique mais lourde de sens, « le gouvernement assumera ses responsabilités pour garantir la sécurité et la protection des étudiants désireux de suivre leurs cours ».
Conclusion
Le ministre de la Santé est en quelque sorte désavoué par son chef qui lui a adjoint le ministre de l’Enseignement supérieur, Lahcen Daoudi, autrement plus souple et ouvert à la discussion, pour écouter les étudiants en médecine, pharmacie et médecine dentaire.
Le gouvernement a accepté de donner suite – même partiellement – aux revendications des étudiants sur l’intégration dans la fonction publique et l’amélioration des conditions de travail de ceux qui seront soumis au SNO.
Le gouvernement, fort de ses nouvelles dispositions et des concessions qu’il a faites, ne veut plus entendre d’année blanche (ou jaune ou rouge comme le dit si élégamment el Ouardi) et se dit prêt à en découdre s’il le faut.
AAB