Le ministre Najib Boulif s’attaque au CNDH pour la question de l’héritage

Le ministre Najib Boulif s’attaque au CNDH pour la question de l’héritage

Le ministre délégué aux Transports Najib Boulif tient chaque mardi sur sa page Facebook ce qu’il appelle « la causerie du mardi »… Dans celle du 27 octobre, le ministre-causeur s’en prend avec une curieuse virulence au CNDH, et particulièrement à sa recommandation sur l’héritage figurant dans le (long) rapport sur l’état de la parité et de l’égalité au Maroc.

Dans sa tribune, donc, intitulée « dans l’intérêt de ceux qui veulent abroger un texte coranique explicite », Najib Boulif explique que l’islam n’est pas une religion monacale (sous-entendu où il existe une hiérarchie religieuse) et que Dieu a révélé aux croyants tous ce qu’ils nécessitent dans leur vie spirituelle et aussi matérielle. Il fait d’un verset coranique, « au fils, une part équivalente à celle de deux filles » (4 :11), ce qu’il appelle « la règle générale », puis il poursuit l’évocation du même verset : « S'il n'y a que des filles, même plus de deux, à elles alors deux tiers de ce que le défunt laisse. Et s'il n'y en a qu'une, à elle alors la moitié. Quant aux père et mère du défunt, à chacun d'eux le sixième de ce qu'il laisse, s'il a un enfant. S'il n'a pas d'enfant et que ses père et mère héritent de lui, à sa mère alors le tiers. Mais s'il a des frères, à la mère alors le sixième, après exécution du testament qu'il aurait fait ou paiement d'une dette. De vos ascendants ou descendants, vous ne savez pas qui est plus près de vous en utilité. Ceci est un ordre obligatoire de la part d'Allah, car Allah est, certes, Omniscient et Sage ».

Jusque-là, le ministre qui se fait prédicateur pour l’occasion, sortant de son rôle (ou reprenant sa fonction première), annonce la base de son argumentaire qui est tout à fait opposable aux thèses des tenants de l’égalité face à l’héritage… mais reste aussi une thèse car il existe d’autres versets qui parlent de testament, dont le 4 :11 lui-même…

Or, Boulif ne se contente pas d’en rester là, et s’en prend directement au CNDH et à ses membres… voici ce qu’il dit : « Dans cette logique globale, le Coran a tranché la question de la répartition des biens et de l’héritage. Il a apporté des versets explicites et indiscutables de la part des exégètes qualifiés, alors a fortiori certains militants des droits relevant de cercles connus et agissant au sein de la société marocaine, et aussi des organismes qui se « prétendent » défenseurs des droits de l’Homme » alors qu’ils s’inscrivent dans un suivisme débridé de l’Occident. Nous n’avons nul besoin aujourd’hui de recommandations sur des fondamentaux de la religion, formulés par des gens qui considèrent comme étant individuelle leur relation à leur Créateur. La société marocaine est immunisée, grâce à Dieu, contre des appels opposés à sa religion, et si tel est le cas depuis le premier jour de l’arrivée de l’islam dans ce pays, ce dernier dispose des garde-fous contre tous ceux, pris individuellement, qui veulent ébranler ses fondements ».

Une charge violente, donc, contre un conseil qui a rempli son rôle et émis des recommandations, par essence sujettes à débat et à discussion rationnelle. Quant à Boulif, il faut lui rappeler que le rapport contient une centaine de recommandations sur les inégalités qui frappent les femmes et que lui est ministre, et non prédicateur… Qu’il est également soumis à un devoir de réserve et, s’il veut émettre un avis, que cela soit dans la sphère intellectuelle et donc dans l’imprécation.



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