A événement extraordinaire, grâce royale peu ordinaire…
Comme à chaque fête nationale ou religieuse, le roi Mohammed Vi accorde sa grâce à quelques centaines de condamnés. La grâce concerne des peines d’emprisonnement ou d’amendes, ou les deux, sans plus de précisions. Cette fois, ce sont plusieurs milliers de personnes qui sont graciées, et le communiqué qui l’annonce est aussi peu commun, apportant des explications peu ordinaires et chargées de messages…
Le ministère de la justice et des libertés a donc annoncé que Mohammed VI a décidé d’accorder sa grâce à 4.215 condamnés mais, contrairement aux communiqués habituels en ce genre de circonstances, le ministère apporte plusieurs explications et éclaircissements. Il en ressort que cette fois, la décision de grâce, en plus d’être humanitaire, est aussi politique et sociale.
En effet, le ministère apporte des précisions, détaillées comme suit :
1/ Grâce sur le reliquat de la peine d'emprisonnement au profit de 3.539 détenus, dont 69 cas humanitaires, 215 originaires des provinces du Sud et 561 détenteurs de diplômes d'études ou de formation ;
2/ Remise de la peine d'emprisonnement au profit de 639 détenus, répartis entre 218 originaires des provinces du Sud et 421 détenteurs de diplômes d'études ou de formation ;
C’est la première fois que l’on mentionne l’appartenance géographique des graciés, et la présence symbolique du roi à Laâyoune - tout en étant normale puisque c’est le Maroc –, s’est accompagnée par un « cadeau » fait aux populations des provinces du Sud. Ainsi, dans le lot des grâciés, 215 détenus du Sahara seront libérés (ou le sont déjà) et 218 voient leurs peines réduites.
C’est aussi la première fois que l’on mentionne la qualité de diplômés des condamnés graciés, totalement ou partiellement.
3/ Enfin, et c’est tout aussi important, un long paragraphe du communiqué explique la grâce accordée à 37 détenus jugés et condamnés dans des affaires d’extrémisme et de terrorisme… « Cette bienveillance royale à l'égard de ces détenus dans le cadre d'affaires d'extrémisme et de terrorisme, intervient en réponse aux demandes de grâce que les concernés n'ont eu de cesse, depuis 2005, de soumettre au Souverain, et qui n'ont obtenu l'approbation royale qu’à cette occasion exceptionnelle, après qu'ils aient officiellement exprimé leur attachement aux constantes et aux valeurs sacrées de la Nation et aux institutions nationales, révisé leurs orientations idéologiques, rejeté l'extrémisme et le terrorisme, affirmé qu'ils ont repris le droit chemin et fait preuve d'une bonne conduite durant la période de leur détention », indique le communiqué.
Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas entendu l’expression « la nation est clémente et miséricordieuse », qui s’appliquait au retour des Sahraouis séparatistes au Maroc. Cette fois, l’expression n’est pas déclamée, ni proclamée, mais appliquée. C’est mieux. Et le message, en ces temps troubles de « daechisme » exacerbé, est clair : reniez vos convictions idéologiques extrêmes et extrémistes, inscrivez-vous dans la logique musulmane nationale et le pays saura vous pardonner vos errements passés. C’est le cas des 37 graciés. La fête peut commencer pour eux, aussi.