Le Marocain Jamal Benomar, ancien prisonnier politique, est secrétaire général adjoint de l’ONU
Il est à ce jour donc le fonctionnaire international d’origine marocaine le plus haut en grade, … Jamal Benomar, 58 ans, a été nommé lundi 9 novembre conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, qui lui a conféré en outre le rang de Secrétaire général adjoint. Il est un ancien de la Maison de verre de New York et a eu à gérer plusieurs dossiers et questions relatives à l’état de droit, la gouvernance et le règlement des conflits dans plus de 30 pays, dont l’Irak et le Yémen.
Bourreau de travail, Jamal Benomar était jusque-là Conseiller spécial sur le Yémen, nommé en 2012 avec rang de sous-secrétaire général, mais il avait démissionné de ses fonctions de médiateur onusien en avril dernier quand une coalition dirigée par l’Arabie Saoudite avait entrepris une campagne de bombardements au Yémen. Benomar avait vu ses efforts mal récompensés, après qu’il eut conduit en qualité de médiateur des Nations Unies lors les négociations qui avaient abouti à l’Accord de transition en 2011 et aussi facilité les conclusions positives de la Conférence pour le dialogue national et autres accords, en 2014. Mais il n’a ni supporté ni apprécié la campagne politique, diplomatique et médiatique menée contre lui par les pays du Golfe.
De Derb Moulay Chérif à la prison, de la prison à l’émigration clandestine, puis à l’ONU
Jamal Benomar est diplômé en droit international – avec une spécialisation en droits de l’homme, en économie et en sciences politiques. Il a étudié au Maroc et à l’Université de Paris où il a obtenu deux maîtrises, avant d’aller à Londres où il a reçu le titre de docteur en droit à l’Université de la ville. Mais avant, il a eu à connaître les droits de l’homme de près, puisque les siens ont été violemment et cruellement violés durant les années de plomb.
Ainsi, cet homme originaire du Rif, issu d’une famille de militants – comme le sont d’ordinaire les Rifains – rencontre très tôt des membres d’Ila Amam (en avant) et intègre l’organisation. Et bien sûr, la « très efficace » police marocaine ne tarde pas à lui mettre la main dessus. Il est envoyé en 1976, à même pas 19 ans, à Derb Moulay Chérif, où il est furieusement torturé durant 18 mois par Kaddour et Yousfi… qu’il rencontrera une vingtaine d’années plus tard à Genève, lui directeur du Haut-commissariat aux droits de l’homme et el Yousfi représentant le Maroc (qui a eu l’idée de l’envoyer là-bas ?...).
En 1977, il est condamné à 10 ans de prison et part à Kenitra, où il enchaîne les réunions, les formations et les apprentissages au contact de ses compagnons d’infortune, dont Driss Benzekri, futur président de l’Instance Equité et Réconciliation. Celle-ci, en 2004, lui offrira d’ailleurs une compensation qu’il refusera.
En 1983, donc, libéré, il doit aller en France où il est invité par le CNRS. Mais les autorités d’alors lui refusent le passeport. Et c’est là que le futur secrétaire général adjoint des Nations-Unies est l’un des premiers Marocains à sortir clandestinement du Maroc. On dit qu’il a emprunté une patera, mais d’autres sources affirment qu’il est sorti en soudoyant des policiers des frontières. On ne saura jamais, lui-même étant discret, comme à son habitude, sur cet épisode de sa vie.
Jamal Benomar sait ce qu’il fait et ce qu’il veut. Il ne s’est jamais vraiment fâché avec son pays, mais il ne s’est pas pour autant réconcilié avec le système car s’il explique que bien des choses ont été faites au Maroc, il n’en demeure pas moins qu’un long chemin reste à parcourir, essentiellement au niveau des mentalités.
Il revient souvent au Maroc, depuis 2005, et il lui est même arrivé d’organiser des rencontres de médiation internationales au pays. On dit également qu’il est proche du palais qu’il conseillerait régulièrement sur la question du Sahara.
AAB