Vidéo - Benkirane attaque Belmokhtar (très) sévèrement en public
Le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane a profité de sa séance mensuelle à la Chambre des conseillers pour désavouer son ministre de l’éducation nationale Rachid Belmokhtar sur le point de l’enseignement des matières scientifiques en français. Il l’a très sévèrement tancé, étalant ainsi en public les dissensions au sein du gouvernement…
Rachid Belmokhtar paierait-il pour Aziz Akhannouch (trop puissant) et pour Salaheddine Mezouar (trop indispensable) ? Cela en a tout l’air. Alors que sa prise de parole est retransmise en direct à la télévision, Benkirane s’en est violemment pris à Belmokhtar dans une adresse qui ressemble à une humiliation.
Rappel des faits : voici quelques semaines, le ministre de l’éducation nationale avait adressé une circulaire aux recteurs d’académies régionales pour leur enjoindre d’introduire dès la rentrée prochaine l’enseignement des mathématiques et des sciences physiques en français, pour les deux dernières années du lycée. Il semblerait que la décision soit unilatérale et non concertée au sein du gouvernement. Un tollé s’en est suivi, lancé par les défenseurs de l’arabe, et Ahmed Raïssouni, ancien président du MUR, avait publié sur son site une chronique d’insultes contre Belmokhtar.
Et ainsi donc, le 1er décembre à la deuxième Chambre, Benkirane s’est directement adressé à Belmokhtar, présent sur le banc des ministres : « Dans le secteur de l’enseignement, il y a eu consensus entre les grands, au détriment du peuple, pour qu’ils agissent comme ils l’entendent et que personne ne leur demande des comptes… Et c’est pour cela que je dis à M. le ministre, éloigne-toi des choses difficiles et dangereuses… Occupe-toi de la discipline et de l’ordre, comme le réclament les enseignements et les parents d’élèves… Romps avec l’ancien système, supprime ce clientélisme et ce favoritisme, il faut cesser de se taire sur les dysfonctionnements que connaît l’éducation nationale, et alors, on pourra discuter du reste ».
Puis Benkirane en arrive au vif du sujet… et s’oublie, se laisse aller… « Tu t’es attelé à l’introduction du français, mais alors le feu va prendre ! Cela, c’est le chef du gouvernement qui l’estime et l’évalue… C’est pour cela que quand Sa Majesté le roi a décidé un jour de choisir un chef du gouvernement, il n’a pas désigné Belmokhtar, il a choisi Benkirane (rires dans la salle)… S’il voulait Belmokhtar, il l’aurait pris, il le connaît avant moi. Il m’a désigné moi pour que ce soit moi qui décide… et c’est pour cela que (il pointe son doigt sur Belmokhtar) je lui ai adressé une lettre pour lui dire que cette décision de franciser ces matières, il faut qu’il l’ajourne afin que nous y réfléchissions parce que moi je n’étais pas au courant et que lui n’y a pas accordé d’importance »…
En disant cela, Abdelilah Benkirane « oublie » un peu vite que le roi ne pouvait pas nommer Belmokhtar parce que, selon la constitution, il est tenu de désigner son chef du gouvernement au sein du parti arrivé premier aux élections. Par ailleurs, dire qu’il n’était pas au courant de la décision de son ministre sur un sujet aussi important que celui d’enseigner des matières scientifiques en français indique de sérieux dysfonctionnements dans le gouvernement.
Benkirane n’avait pas osé s’attaquer à son ministre de l’agriculture pour l’affaire du Fonds de développement rural… Il n’avait pas non plus osé s’en prendre à Salaheddine Mezouar pour les ruptures d’alliances lors de la formation des conseils régionaux… Alors il a laissé éclater sa hargne et sa rancœur contre un ministre, Belmokhtar, qui n’a ni la puissance d’Akhannouch ni l’importance de Mezouar.
Que doit donc faire Belmokhtar, aussi sévèrement désavoué en public ? Revenir sur sa décision et, dans la foulée, présenter sa démission… ou du moins la demander. Il st vrai que cette décision sur une langue d’apprentissage est un sujet trop important pour faire l’objet d’une circulaire con approuvée par le chef du gouvernement. En le faisant, Belmokhtar s’est mis à découvert en cette année électorale, et Benkirane n’a pas manqué l’occasion de régler d’anciens comptes et d’engranger des points électoraux.
Et l’éducation nationale, dans tout cela ?...
AAB