Le Maroc perd illégalement 4 milliards de $ par an
Après un rapport publié voici un an, l’ONG américaine Global Finance Integrity en a fait paraître un autre, plus complet. 149 pays en développement y sont classés en matière de fuite des capitaux, et le Maroc y occupe la 34ème position (3ème en Afrique), avec une moyenne annuelle d’exportation illégale de devises d’environ 4 milliards de $ par an sur la période 2004-2013 !
C’est entre 2005 et 2008 que les mouvements de fuites de capitaux ont été les plus importants au Maroc, avec 5,5 milliards en 2005, 3,3 en 2006 et 4,1 en 2007 et 5,4 en 2008. La méthode la plus courue par les Marocains est la fraude dans la facturation commerciale, avec une sous-facturation des exportations (22 milliards de $ en 10 ans) et une surfacturation des importations (16 milliards pour la même période), permettant de « garder » à l’étranger une partie de cette facture. Cette technique a permis aux Marocains d’exporter plus de 3,8 milliards de $ en moyenne chaque année.
Il existe une autre méthode employée par les fraudeurs marocains, et qui a représenté une « petite » part certes du montant global illégalement exporté, mais avec 2 milliards de $ quand même ; il s’agit de la technique dite des capitaux flottants, soit de l’argent placé et qui change d’une place financière à l’autre en fonction de la rentabilité financière.
La différence entre le rapport 2014, couvrant la période 2002-2013, et celui de 2015 (pour 2003-2014), est que ce dernier tient en compte aussi de la fraude aux factures d’importations. Avec cette méthode, GFI a multiplié les flux illégaux marocains par 4, faisant bondir le Maroc de la 59ème place à la 34ème.
Les pays concernés sont donc appelés à mieux vérifier les factures de leurs entreprises engagés dans le commerce international, au moyen des recoupements commerciaux en volumes et du suivi des flux financiers. Avec les techniques financières actuelles et les moyens technologiques, il ne fait pas de doute que les Etats pourront plus maîtriser ces flux et mieux contrôler les entreprises, ou personnes physiques, en infraction.
Si on compare les 40 milliards de $ envolés en dix ans aux 3 rapatriés suite à l'opération d'aministie conduite l'année passée par le gouvernement Benkirane, on relève qu'à peine plus de 7% des montants illégalement expatriés ont été déclarés... Il reste encore du travail à faire.