Al Adl wal Ihsane déroule un discours moins radical
Cela fait trois ans que le cheikh fondateur d’al Adl wal Ihsane Abdeslam Yassine est mort. A cette occasion, la Jamaâ a organisé dimanche 13 décembre une conférence lors de laquelle ses dirigeants ont changé leur discours, laissant entrevoir une ouverture vers la scène politique et un discours (presque) moins radical à l’égard de l’Etat. Des personnalités de gauche étaient également présentes.
Le secrétaire général et successeur de Yassine, Mohamed Abbadi, a ainsi prononcé une allocution destinée aux responsables qu’il désigne par « ceux qui nous combattent », ainsi qu’aux commentateurs et analystes qui développent toute une série d’accusations contre al Adl, infondées selon al Adl. Le patron de la Jamaâ appelle ces gens à « venir chez nous, nos maisons et nos cœurs sont ouverts. Documentez-vous et lisez ce que nous écrivons, et vous vous ferez une meilleure idée, plus juste, de ce que nous sommes ».
Mais la prédication n’est jamais bien loin : « Reprenez-vous car pour notre part, nous n’agirons pas contre vous comme vous le faites envers nous… Que Dieu vous pardonne et vous accorde sa miséricorde ». Abbadi ajoute : « Si ce dont vous nous accusez est vrai, alors venez à nous et nous le combattrons ensemble… mais tout cela n’existe que dans votre imagination ».
Puis l’orateur s’attelle à l’actualité, sur un ton plus ou moins comminatoire : « le Maroc connaît de plus en plus de dérapages verbaux entre les partis, et cette violence verbale peut à tout moment basculer en violence physique ».
Interrogé par nos confrères de Jeune Afrique, le porte-parole de la Jamaâ Fathallah Arsalane a affirmé que la Jamaâ est « toujours fidèle à nos principes et à la règle des « 3 non » : non, à la violence ; non, à la clandestinité et non, à toute instrumentalisation politique. En clair, nous n’appelons pas à la violence. Nous n’avons pas d’activités clandestines et nous conservons notre indépendance vis-à-vis de tout service ou organisation étrangère, contrairement à d’autres organisations islamistes dans le monde arabe qui sont à la solde de l’Iran ou de l’Arabie saoudite. Pour le reste, tout est sujet à discussion dans notre organisation ».
L’appel est donc clair : la Jamaâ pourrait envisager de discuter sérieusement avec l’Etat qui la proscrit toujours. Et elle l’a dit en filigrane des déclarations de ses responsables, sous le regard de personnalités peu suspectes d’avoir de la sympathie pour les mouvements islamistes, à l’image de l’économiste Najib Akesbi, du militant Fouad Abdelmoumni et du dirigeant socialiste Mohamed Hafid. En les invitant, al Adl signifie qu’il ne fait pas dans l’ostracisme et qu’il est ouvert à toutes les idées et à tous les courants.