Interdiction de distribution au Maroc  de Sciences & Avenir, Mustapha el Khalfi explique sa décision

Interdiction de distribution au Maroc  de Sciences & Avenir, Mustapha el Khalfi explique sa décision

Le Hors Série de Sciences et Avenir, daté du 15 décembre 2015 et titré « Dieu et la Science », ne sera pas distribué au Maroc. C’est la rédactrice en chef du magazine qui a apporté l’information et qui se dit « stupéfaite et triste » par cette décision du ministère marocain de la Communication. Le ministre, Mustapha el Khalfi, a répondu aux questions de PanoraPost. Explications.

Les faits

Le numéro en question revient, dans un cahier de cinq pages de « Repères » explicatifs à caractère historique et pédagogique, sur  les origines des textes sacrés que sont la Bible hébraïque, le Nouveau Testament et le Coran.  Le cahier contient « deux miniatures remontant au XVIe siècle, illustrant une célèbre « Biographie du prophète Mohammed », écrite en arabe trois siècles auparavant, elle-même basée sur un texte remontant aux VIIIe-IXe siècles », explique la directrice de la rédaction de Sciences & Avenir, Dominique Leglu.

Que représentent ces deux miniatures ? L’une d’elle mérite bien son nom, il s’agit d’une très petite image illustrant une ligne chronologique, mais qui ne montre rien, bien qu’elle soit supposée représenter le Prophète. L’autre est plus grande, signée Lutfi Abdullah (mort en 1607), figure le Prophète, à genoux, avec l’archange Gabriel lui révélant des versets. Mais sur cette image, le visage de celui qu’on dit être le Prophète est blanc, sans aucun trait.

Deux questions se posent cependant... Pourquoi le ministre, qui a pris sa décision le 17 décembre, ne l'a-t-il pas fait savoir au public ? Et pourquoi Dominique Leglu a-t-elle attendu près d'un mois avant de communiquer à son tour cette interdiction ?

Réaction de Mustapha el Khalfi

Contacté par PanoraPost, Mustapha el Khalfi explique sa décision, fondée sur l’article 29 du Code de la presse (celui de 2002, l’actuel étant encore en projet).

Article 29 du Code de la presse : « L'introduction au Maroc de journaux ou écrits périodiques ou non, imprimés en dehors du Maroc, pourra être interdite par décision motivée du Ministre de la communication lorsqu'ils portent atteinte à la religion islamique, au régime monarchique, à l'intégrité territoriale, au respect dû au Roi ou à l'ordre public. La publication de journaux ou écrits périodiques ou non, étrangers imprimés au Maroc, pourra être  également interdite pour les mêmes raisons par décision motivée du Premier Ministre. Lorsqu'elles sont faites sciemment, la mise en vente, la distribution ou la reproduction des journaux ou écrits interdits sont punies d'un emprisonnement de 6 mois à 3 ans et d'une amende de 1.200 à 50.000 dirhams. Il est procédé à la saisie administrative des exemplaires et des reproductions des journaux et écrits interdits. En cas de condamnation, le jugement en ordonnera la confiscation et la destruction ».

Partant de cet article et des textes de l’ONU qui interdisent l’offense faite aux religions et autorisent l’interdiction de périodiques leur portant atteinte, Mustapha el Khalfi nous a déclaré que le magazine n’est pas interdit mais « non autorisé pour la distribution, depuis le 17 décembre 2015 ». Alors, cela revient à une interdiction ?  « Non, répond le ministre, interdit signifie être également bloqué sur internet. La raison de notre décision est que le cahier contient une représentation graphique du Prophète avec une connotation négative. Cela revient à une diffamation avec un symbole de la religion. C’est une provocation. L’autoriser signifierait donc une reconnaissance légale de la représentation ».

Interrogé sur le contenu, Mustapha el Khalfi précise que sa décision se rapporte uniquement à l’image. Mais « les idées formulées dans le texte sont très intéressantes. Le problème n’est donc pas avec le texte, mais avec l’image ».

Que dire alors ? Le ministre réagit contre « l’atteinte à la religion islamique », puisqu’il qualifie la publication de l’image comme « provocatrice » et anticipe d’éventuels troubles à l’ordre public, comme stipulé dans la loi. El Khalfi est donc dans son droit et dans sa logique, puisque chez les musulmans (et chez les juifs aussi), toute reproduction graphique et/ou imagée du Prophète est prohibée.

Une solution ?

Mais alors, qu’en est-il du fait de masquer, éventuellement, les miniatures en question ? Cela ne devrait pas être impossible car le nombre d’exemplaires du Hors-série de Sciences & Avenir ne doit pas dépasser les quelques centaines. Il est donc possible de cacher les miniatures, comme cela avait été fait voici quelques années par un hebdomadaire de la place ayant reproduit les caricatures du Prophète publiées par un journal danois.

Interrogé sur l’éventualité d’autoriser la vente du Hors-Série si une telle mesure est décidée par le distributeur ou l’éditeur, Mustapha el Khalfi ne se prononce pas, expliquant la liberté éditoriale de Sciences et Avenir, et rappelant le respect du droit par le ministère. « Nous n’intervenons pas dans les contenus éditoriaux, et je vous répète que le problème n’est pas dans le texte mais dans les images ».

Cela indique en filigrane une autorisation de fait de la distribution du magazine au Maroc, si les images du Prophète ne sont plus visibles.

Le cas du film « Exodus, Dieux et Rois »

En janvier 2015, la fresque historique de Ridley Scott,  « Exodus »,  avait été interdite de diffusion au Maroc en raison de ce que le ministère avait (abusivement) vu comme une représentation filmée de Moïse par un enfant. Cette partie du film ayant été retirée après accord de Scott, le film avait été finalement autorisé à la projection en salles.

« Après de multiples échanges, les responsables de la société Fox et Ridley Scott (...) ont accepté, à titre absolument exceptionnel, de procéder à la suppression des deux passages sonores qui faisaient allusion à la personnification Divine », indiquait alors le centre cinématographique marocain dans un communiqué.

 

 



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