Affaire des enseignants stagiaires, le PJD fait donner ses ténors
Il semblerait que dans l’affaire des enseignants stagiaires, le bras de fer se durcit et se durcira encore entre ces derniers et les autorités publiques. Il en va de la crédibilité du gouvernement, et de son chef. Abdelilah Benkirane a évoqué le sujet lors de sa dernière prestation parlementaire, mais se contentant de rappeler l’illégalité des manifestations et d’appuyer lourdement sur la légitimité de l’emploi de la force (et non de la violence) contre les manifestants. Mais deux de ses ministres sont entrés dans le fond du sujet et expliqué, mieux, la situation.
Le PJD, réuni en conseil national la semaine dernière, a fait paraître un communiqué où il n’entre pas dans le détail du litige. Il s’est dit satisfait de l’enquête diligentée par la police pour s’enquérir des violences exercées sur les manifestants et a appelé « au dialogue, à l’esprit de responsabilité et à la sagesse pour se dresser contre toute tentative ou entreprise œuvrant à instrumentaliser certaines revendications pour nuire à la nation »... De la prose convenue.
Pour sa part, le ministre du budget (et maire de Fès), Driss el Azami el Idrissi est revenu sur la question, expliquant que les craintes des jeunes stagiaires d’aller vers le privé ne sont pas fondées car le gouvernement encadre le secteur de l’enseignement privé et a initié depuis deux ans un dialogue avec les responsables de ces établissements. « L’Etat aurait pu n’assurer la formation que de 7.000 enseignants pour le public, mais en accueillant 10.000 enseignants dans ses centres, il a voulu ouvrir la possibilité aux 3.000 restants d’aller vers le secteur privé », a-t-il expliqué. Pour ces 3.000 personnes, le ministre a voulu être rassurant, leur affirmant que l’Etat fera ce qu’il faudra pour leur assurer leurs emplois dans le privé.
Pour el Idrissi, les étudiants ont le choix, donc, entre réintégrer leurs salles de classe ou prendre le risque d’entendre déclarer une année blanche, puisque cela fait trois mois que les cours ne sont pas dispensés. Enfin, le ministre du budget a affirmé que les enseignants étaient parfaitement informés des dispositions des décrets contestés (dissociation entre formation et recrutement et réduction de moitié de la bourse). A la réaction des concernés sur le fait qu’ « être informé ne signifie pas nécessairement être d’accord », le ministre a ajouté que « même si on n’est pas d’accord, on est tenu d’appliquer la loi, car c’est ainsi que les choses se passent dans un Etat de droit ». Exact.
Quant à Mustapha el Khalfi, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, il est aussi monté à la manœuvre en expliquant que les 3.000 formations de plus que les 7.000 postes publics auront coûté à l’Etat 110 millions de DH, et que cette décision est entrée dans le cadre de la réforme de l’éducation, avec les pouvoirs publics qui assurent la formation des futurs cadres privés ; quant à la répression de la manifestation, el Khalfi a rappelé que l’Etat ne saurait laisser faire des mouvements de protestations non autorisés et que le chef du gouvernement assume sa responsabilité, comme il l’a dit au parlement.
Enfin, le trublion du PJD et député d’Oujda Abdelaziz Aftati a catégoriquement démenti la tenue de discussions en coulisses entre gouvernement et protestataires. « Certains groupes parlementaires ont œuvré à rapprocher les deux camps, mais nous appelons encore une fois les enseignants stagiaires à réintégrer leurs cours afin d’éviter que l’année ne soit déclarée blanche ».