La sécheresse, c’est officiel, et le roi reçoit Benkirane et Akhannouch

La sécheresse, c’est officiel, et le roi reçoit Benkirane et Akhannouch

Jeudi 28 janvier, le roi Mohammed VI a reçu à Casablanca le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane et le ministre de l’Agriculture Aziz Akhannouch. Un communiqué du palais royal indique que l’audience vise à « porter assistance aux agriculteurs dans le contexte de cette année caractérisée par ce phénomène climatique ». L’expression  « phénomène climatique » indique pudiquement la sécheresse. Une batterie d’actions devront être menées par le gouvernement, dans un ordre précis de priorité, pour atténuer les effets de cette sécheresse.

L’audience dans le fond

1/ Aider les populations

Il s’agira d’abord de sauver des vies humaines, ou du moins à atténuer les souffrances des populations rurales. Et dans ce sens, il faudra assurer « l’approvisionnement en eau potable des villages éloignés et excentrés qui sont dans le besoin ». On ne dit pas comment ni avec quels moyens mais cela devrait faire l’objet de communications ultérieures.

2/ Préserver le cheptel

Ensuite, les efforts devront être orientés vers le cheptel. Il faudra fournir aux éleveurs l’eau et les aliments nécessaires pour leurs bêtes, mais il sera également question de s’assurer de la situation sanitaire des animaux.

3/ Sauver les végétaux et les plantations

Le roi a enjoint à ses deux collaborateurs de protéger « les ressources végétales et particulièrement les acquis en termes de plantations réalisées dans le cadre de l’agriculture solidaire dans son volet reconversion ». Pour ce faire, il importera de sécuriser les intrants, c’est-à-dire tout ce que les plants nécessitent comme soins et traitements. Mais, une fois cette mesure activée, et qu’elle réussisse ou non, il faudra penser à la reconversion aux cultures de printemps, céréalières ou autres.

4/Eviter l’exode rural

Enfin, un effort devra être consenti en matière d’économie solidaire en vue de la création d’emplois, de revenus, et donc d’assurances pour l’avenir des agriculteurs. Autrement dit, il faudra déployer les efforts nécessaires pour éviter un exode rural massif, phénomène classique et conséquence naturelle de la sécheresse.

L’audience, dans la forme

Un  sérieux différend avait opposé les deux hommes au sujet de l’article 30 de la loi de finances, quand Akhannouch était devenu ordonnateur du Fonds de développement rural en lieu et place de Benkirane, qui avait peu apprécié et qui avait nié avoir été mis au courant de la décision. Le ministre de l’Agriculture avait boycotté plusieurs conseils de gouvernement, et ce n’est que dernièrement qu’il s’était rendu au domicile du chef du gouvernement et que la page avait été tournée.

Il aura fallu une sécheresse pour que les deux hommes se retrouvent face à face, publiquement, une nouvelle fois, et face au roi.

On retiendra de cette photo que Benkirane, assis à la droite de Mohammed VI, est venu sans dossier ni documents, contrairement au ministre qui, lui, a son dossier avec lui. On dira ce que l’on voudra des ministres technocrates, mais en pareil cas de sécheresse, le bagout de Benkirane ne sert pas, ou plus. La place est à la technocratie et à l’action.

Les apparences sont certes sauves, et Mohammed VI respecte la légalité constitutionnelle en recevant son ministre avec le chef du gouvernement. Mais c’est le ministre qui aura à gérer cette sécheresse, qui aura tant tardé à être officiellement déclarée.

Enfin, on comprend maintenant mieux pourquoi Aziz Akhannouch a évité d’évoquer le terme sécheresse et de déclarer une année sinistrée. La chose implique des conséquences bien plus sociales qu’économiques. C’est au chef de l’Etat de le faire, et c’est à lui de prendre les dispositions nécessaires. C’est fait. On attendra les résultats.

 



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