Entre Benkirane et les jeunes, le courant ne passe pas
Au commencement, il y avait eu cette grande incompréhension entre l’alors chef du PJD, Abdelilah Benkirane, en 2011, quand il raillait la population Facebook… Une fois aux affaires, le même a eu une série de problèmes avec les populations jeunes, dont les cas les plus emblématiques sont les étudiants en médecine et les enseignants stagiaires.
Le gouvernement Benkirane est conservateur, et on sait que les jeunes sont plutôt avant-gardistes, et attachés à leurs revendications, opiniâtres et souvent têtus. Le gouvernement Benkirane, et essentiellement sa composante PJD, ne sait apparemment pas y faire avec eux.
Avec les étudiants en médecine, c’était le PPS Houssaïne el Ouardi qui était à la manœuvre, et il avait été très chahuté au moment des manifestations. Il avait même fait preuve d’un certain mépris quand, les étudiants en médecine ayant évoqué une année blanche, il avait rétorqué sur une radio privée « que l’année soit blanche, jaune ou rouge, c’est leur problème, et ce ne sont pas des étudiants en première année qui nous monteront la marche à suivre »… La suite, on la connaît, le gouvernement a cédé et renoncé, provisoirement du moins, à son idée de service sanitaire obligatoire au terme des longues études de médecine.
Et on se souvient aussi de cette rencontre entre les étudiants en médecine et le chef du gouvernement Benkirane qui, selon une participante à la réunion, leur avait donné du « mes enfants », « l’amour de la patrie », versant dans ses plaisanteries habituelles et ne prenant même pas la peine de dresser un PV de la réunion. Les étudiants avaient très mal pris la chose, surtout que cela intervenait après l’entrée des forces de l’ordre sur le campus.
Avec les enseignants stagiaires, le gouvernement agit de la même façon, sauf que c’est lui qui agite aujourd’hui la menace de l’année blanche. Et c’est toujours une certaine condescendance qui transparaît des discussions, quand on se fige sur les deux décrets que les jeunes demandent à abroger, quand on leur envoie la maréchaussée, quand on les menace d’année blanche et quand on refuse de les recevoir, déléguant cette mission au ministre de l’Intérieur qui avait fait donner la troupe. A tort ou à raison, mais il avait fait donner la troupe quand même…
Il semblerait que Benkirane, rompu au dialogue avec les gens d’un certain âge, ne sait pas forcément trouver les mots justes avec les jeunes. On a l’impression, à chaque fois, qu’un dialogue de sourds s’installe entre les deux, les jeunes parlant avenir et ambition, l’autre revenant toujours sur un passé révolu et une phraséologie dépassée : « la paix sociale », « la nécessité de travailler pour son pays »…
Aujourd’hui, avec les enseignants stagiaires, il semblerait que le gouvernement ait été trop loin pour reculer, et les jeunes, eux, ne céderont rien, promettant une « année noire » en réponse à l’ « année blanche » promise par le gouvernement. Benkirane est incontestablement l’un des hommes politiques ayant marqué son temps et la politique de ce pays, mais en termes de dialogue avec les mouvements sociaux menés par des jeunes, il a encore beaucoup à apprendre.
AAB