L’UNICEF interpelle le gouvernement et le parlement sur le travail des petites filles à domicile
Il aura fallu qu’un organisme international remarque le fait, et s’en offusque. Un communiqué de l’UNICEF a rappelé au gouvernement et aux parlementaires marocains leurs devoirs en matière d’âge légal de travail pour les enfants, qui doit être fixé à 18 ans. Cette interpellation de l’organisme onusien intervient en pleine discussion législative sur la question.
Pour ceux qui ne le sauraient pas, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) est une agence de l'Organisation des Nations unies qui œuvre à l'amélioration et à la promotion de la condition des enfants, et donc aussi de la nature des travaux qu’ils accomplissent. Initialement fixé dans le projet de loi 19.12 relatif au travail domestique à 15 ans, l’âge minimum a été porté à 16 ans et les choses en étaient restées là.
Le CNDH avait tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises, et jusqu’à dernièrement dans son rapport sur l’égalité et la parité où il avait recommandé « d’interdire le travail domestique avant l’âge de 18 ans ». Mais on l’écoute si peu, le CNDH, et ledit rapport avait été violemment critiqué pour une seule disposition, à savoir l’égalité des sexes dans l’héritage, occultant le reste…
Aujourd’hui, c’est l’UNICEF qui revient à la charge dans un communiqué sévère… Et donc, alors que la commission des secteurs sociaux à la Chambre des représentants est sur le point d'approuver les amendements du projet de loi n°19.12 et à voter le texte en commission, l’organisation des Nations-Unies rappelle que « la plupart des critères des «pires formes» de travail des enfants s'appliquent au cas des enfants domestiques », ajoutant que « plusieurs dispositions de ce projet de loi ne suivent pas l'esprit de la convention internationale des Droits de l'Entant et des conventions 138 et 182 de l'Organisation Internationale du Travail, relatives respectivement à la définition de l'âge minimum d'accès au travail et aux pires formes de travail ».
L’UNICEF reconnait certes « les efforts et les progrès consentis par le Royaume du Maroc pour l'éradication du travail des enfants, qui ont permis de réduire d'une manière significative le recrutement des enfants dans le secteur formel. Néanmoins, nous plaidons encore pour l'accélération des efforts de toutes les parties prenantes, à tous les niveaux, pour mettre fin à l'exploitation des enfants dans tous les secteurs, formel et informel, y compris le travail domestique qui touche particulièrement les petites filles ».
La représentante de l’UNICEF Regina De Dominicis, citée dans le communiqué, indique comme argument (imparable, juste et logique) que « le travail des enfants, quel que soit leur âge, les prive de leurs droits l'éducation, à la protection, à la participation, au développement et à la santé, comme il les expose à différentes formes de vulnérabilités économique et sociale et à différentes formes d'exploitation ».
On attendra donc le résultat des délibérations de nos députés et de notre gouvernement sur cette prescription de relever l’âge minimum du travail à domicile à 18 ans.