Amnesty International brosse un tableau plutôt sombre des droits de l’Homme au Maroc
Comme chaque année, l’ONG de défense des droits établit son rapport, et comme chaque année, elle reproche bien des choses aux pays qui ne respectent pas les droits humains, ou si peu, sur les 160 examinés… la partie qu’AI consacre au Maroc revient sur les exactions enregistrées et les dysfonctionnements de notre système de protection de droits de l’Homme. Mais force est de reconnaître qu’on relève de la lecture de ce rapport une amélioration de la situation des droits dans le pays, quoique tout soit perfectible…
Préambule concernant le Maro dans le rapport 2015-2016 : « La liberté d'expression, d'association et de réunion était soumise à des restrictions. Les autorités ont arrêté et poursuivi des critiques du gouvernement, harcelé des groupes de défense des droits humains et dispersé par la force des manifestations. Des cas de torture et d’autres mauvais traitements ont été signalés, ainsi que des procès inéquitables. Les femmes continuaient de faire l’objet de discrimination. Des migrants et des demandeurs d’asile ont été arrêtés de manière arbitraire et victimes d’une utilisation excessive et injustifiée de la force. Cette année encore, les tribunaux ont prononcé des peines capitales ; aucune exécution n’a eu lieu ».
Lors d’une conférence tenue ce mercredi 24 février, le président de la section Maroc d’AI Driss Haidar est revenu sur les acquis en matière des droits de l’Homme dont se prévaloir le Maroc, mais en même temps, il a appelé le gouvernement à aller plus haut, plus fort et plus loin dans le respect et la mise en œuvre de ses propres législations, en mettant fin à « la politique entravant la liberté d'expression et de rassemblement et la création d'associations », en plus de fournir aux ONG œuvrant dans le domaine des Droits humains le « soutien politique et financier nécessaire » pour accomplir leurs missions.
Qu’est-il reproché aux autorités publiques marocaines ? Les restrictions à la liberté d’expression, d’association et de réunion, en plus de poursuites contre les journalistes, les cas le plus emblématiques cette année ayant été celui de Hicham Mansouri, ce journaliste d’investigation qui avait été poursuivi et incarcéré pour… adultère !, ainsi que celui de Maâti Monjib, poursuivi pour des délits financiers supposés avoir été commis du temps où il dirigeait un centre de recherche.
Le rapport dénonce aussi les comportements à l’égard des migrants subsahariens, souvent embastillés, violentés, et privés de leurs droits élémentaires que la loi marocaine reconnaît pourtant. AI revient sur les arrestations arbitraires avec un usage excessif de la force contre ces populations venues du sud du Sahara. « En février plus de 1 000 migrants et demandeurs d’asile ont été arrêtés à la suite d’opérations de police dans la ville portuaire de Nador (nord-est du pays) et aux alentours. Ces personnes ont été transférées dans des villes du sud du Maroc et détenues pendant plusieurs jours, puis relâchées ».
Pour les femmes, l’ONG reproche aux autorités publiques nationales le maintien de plusieurs formes de discrimination, et s’étonne de ce qu’aucun texte sur l’avortement n’ait été promulgué en matière d’avortement, en dépit de l’intervention du roi dans ce dossier. « En mars, le roi a demandé au gouvernement de réviser les lois restrictives relatives à l’avortement. En mai, les autorités ont annoncé que l’accès à l’avortement serait étendu aux femmes dont la santé est menacée en raison d’une malformation fœtale ou qui sont enceintes à la suite de viol ou d’inceste. Aucun projet de loi n’avait été rendu public à la fin de l’année. En juillet, les autorités ont inculpé deux femmes d’outrage à la pudeur, apparemment parce qu’elles portaient des jupes courtes. Les poursuites ont été abandonnées à la suite de protestations publiques au niveau national et international ».
Il y a aussi un volet sur la liberté de réunion, où il est reproché aux autorités marocaines de ne pas respecter le droit de rassemblement. « Les forces de sécurité ont dispersé, dans certains cas par la force, des manifestations organisées par des défenseurs des droits humains, des militants politiques, des diplômés sans emploi et des étudiants. Des manifestants ont été arrêtés, condamnés à verser des amendes et emprisonnés ».