Elections du 7 octobre, alliance de fait entre le PAM et l’USFP, en vue de son élargissement futur
Les états-majors de partis s’organisent, en vue du scrutin législatif du 7 octobre prochain. Alors que l’alliance PJD/PPS semble bien partie pour durer, le PAM vient d’opérer un spectaculaire rapprochement avec l’USFP. En ligne de mire, le mode électoral à retenir pour cette échéance, une question qui a fait l’objet du premier point du communiqué commun des deux formations.
Ilyas el Omari et Driss Lachgar ont deux points qui les unissent : la recherche de la modernité et la profonde antipathie pour le chef du gouvernement et du PJD Abdelilah Benkirane et pour son parti. C’est ce qui paraît dans le communiqué publié à l’issue de la rencontre des deux bureaux dirigeants, et qui comprend 5 points, résumés et commentés comme ci-dessous.
1/ Poursuivre, à l’approche des échéances politiques à venir, les discussions sur la base du mémorandum de l’USFP et l’enrichir au besoin d’autres propositions pour parvenir à un autre système électoral qui respecte la pratique démocratique et la pluralité politique du pays, dans le respect de la volonté populaire et la représentation de toutes les sensibilités politiques. Il est donc convenu d’élargir les discussions avec les autres formations qui partagent les mêmes idées.
Commentaire. Le mémorandum de l’USFP appelle à la mise en place d’une instance chargée de la supervision des élections, recommande l’annulation du seuil électoral, souhaite une révision du découpage électoral en y incluant des circonscriptions de Marocains du monde et préconise d’interdire la succession de deux personnes de même sexe sur les listes.
En clair, des propositions allant résolument à l’encontre des intérêts du PJD car l’annulation du seuil lui serait préjudiciable en faisant accéder au parlement d’autres partis, essentiellement représentés dans les villes où le PJD est majoritaire. Revoir le découpage consisterait à élargir au plus possible la taille des circonscriptions urbaines et à rétrécir celles en campagne. Et si on met tout cela entre les mains d’une instance qui adopte ses résolutions à la majorité de ses membres, le PJD sera là encore défavorisé. Mais que dira le parti du chef du gouvernement ? Réponse dans les prochains jours ou prochaines semaines.
2/ Coordonner l’action parlementaire avec les autres partis d’opposition pour connaître des textes organiques déposés par le gouvernement, en tant qu’ils comportent des volets idéologiques qui détermineront le Maroc de demain.
Commentaire. Il s’agit de faire du bruit sur le plan institutionnel pour mettre le PJD face à ses responsabilités et à ses éventuelles erreurs. Les deux textes les plus emblématiques sont ceux qui concernent la parité et l’amazigh, sachant que ce sont là des niches électorales importantes, dans lesquelles le parti de Benkirane peut être mis en difficulté en raison de sa position idéologique. En effet, pour le PJD, la parité est une question secondaire, qui ne fait pas unanimité dans ses rangs, et l’arabe est source et fondement de l’identité nationale…
3/ Ce point est libellé en termes brutaux. Qu’on en juge… « S’en tenir aux choix démocratiques moderniste du pays, comme annoncé dans le discours royal du 9 mars 2011 (…). Les deux partis annoncent qu’ils ne feront l’économie d’aucun effort pour porter ces choix et affronter tous les courants extrémistes, visibles ou non, qui colportent un discours réactionnaire dans l’objectif de l’introduire progressivement au sein de la société, dans le cadre d’un plan hégémoniste global qui entre en contradiction avec les coutumes et les habitudes marocaines fondées sur un islam tolérant et une coexistence avec les autres religions et cultures, sur un pluralisme intellectuel et sur le droit à la différence, en plus de la défense des libertés ».
Commentaire. On lie la démocratie à la modernité, et on attribue l’ensemble au roi…Imparable. Les deux partis excluent de facto le PJD en disant qu’ils portent ces choix. PAM et PJD accusent presque directement et nommément le PJD de faire dans la dissimulation et de défendre des positions antinomiques avec la tradition marocaine et de nature hégémoniste. La charge est violente et présage de la virulence des débats à venir…
4/ Se solidariser avec la grève générale du 24 février appelée par les syndicats en raison de la remise en question de nombreux acquis sociaux du fait des orientations défectueuses du gouvernement.
Commentaire. Le combat se fera dans les rues, en tirant profit de toute contestation sociale contre l’équipe Benkirane. Syndicats, enseignants stagiaires, étudiants en médecine…
5/ Poursuivre les concertations et le dialogue pour toutes les affaires publiques, essentiellement en vue des échéances futures, dans l’objectif de contrecarrer toutes les décisions et pratiques qui vont à l’encontre des orientations démocratiques et modernistes…
Commentaire. En clair, tout ce qui vient du gouvernement sera considéré comme pratiquement nul et non avenu, en prévision des élections. Il s’agit donc d’un front de guerre contre le PJD, qui commence par ces deux partis et avec l’intention déclarée et affichée de ratisser large pour renforcer ce front. Le premier point à discuter sera donc la révision des règlements électoraux.
Le libellé du communiqué est d’une rare violence, prenant appui sur le roi et ses décisions et versant dans une sorte de diabolisation du PJD, puis de son excommunication sociétale. L’appel aux autres partis est on ne peut plus clair pour constituer un large front contre le parti de Benkirane qui sera difficilement battable en duel.
Alors que Benkirane est entièrement dédié à son atout principal, qui est le verbe et la force desmots contre ses adversaires (ennemis ?), Ilyas el Omari s'attelle à un travail de fourmi, organisant, rassemblant, fédérant et rejetant tous les maux sur le PJD.