Mustapha el Khalfi : 2015 année « distinguée » en matière de promotion de liberté de la presse
Alors qu’il est en pleine tourmente pour faire passer « son » projet de Code de la presse au parlement, le ministre de la Communication Mustapha el Khalfi faisait ce mercredi 3 mars la promotion de son département, estimant que l’année 2015 a été une année « distinguée » pour la liberté de la presse.
Qu’a dit Mustapha el Khalfi ? En substance, qu’ « il subsiste, toutefois, des défis et des enjeux qui requièrent l'implication de l'ensemble des acteurs dans la dynamique de la réforme selon une approche collective et participative en vue d'élargir le champ des libertés, de consolider l'image du Maroc et d'améliorer la compétitivité des médias ». Et c’est bien cette approche participative qui pose problème car selon le président de la Fédération des éditeurs Noureddine Miftah, « le projet de Code la presse est aveugle et bancal, qu’il porte atteinte aux libertés et qu’il est économiquement préjudiciable à l’entreprise de presse ».
Sur le plan du dispositif juridique, el Khalfi a rappelé que les deux projets de loi sur le Conseil national de la presse et sur le statut du journaliste ont été adoptés par le parlement. Il a indiqué aussi que le désormais fameux Code de la presse a également été adopté en Conseil de gouvernement, ce qui est aussi vrai, sauf que selon plusieurs sources, cette adoption ne s’est pas faite dans la facilité, plusieurs ministres ayant fait montre de leurs réserves. Et Noureddine Miftah l’a rappelé hier encore lors du journal d’Atlantic Radio.
Puis le ministre a rappelé qu’un système nouveau de soutien à la presse a été mis en place, faisant passer ce soutien direct de 42 à 60 millions de DH. Ce n’est jamais suffisant pour des institutions indispensables à l’instauration d’une véritable démocratie à travers le suivi de l’action des institutions, mais force est de constater que 60 millions de DH est une somme considérable, les entreprises de presse devant assurer normalement la bonne marche de leurs activités.
Mustapha el Khalfi a également rappelé qu’en matière de libertés et de jugements, l'année 2015 a connu également un renforcement des garanties judiciaires pour les journalistes dans l’exercice, ô combien périlleux, souvent… Le ministre s’est félicité de la baisse du nombre des jugements dans les affaires afférentes au secteur de la presse et de l'édition à seulement 24 jugements, dont 14 acquittements, annulation ou incompétence, contre 56 au cours de l'année 2014. Mais notons que cela est davantage le fait de la justice que du gouvernement.
Pour la presse digitale, là aussi l’année 2015 a connu une nette amélioration, le nombre de sites d’informations ayant réalisé un bond de 0 en 2012 à 254 en 2015, et celui des journalistes dans ce secteur ayant obtenu la carte de presse ayant cru de 46 en 2014 à 98 en 2015. Sur un plan global pour la profession, le nombre de journalistes disposant d'une carte de presse a atteint 2.600 en 2015 contre 2.100 en 2014, soit une hausse d'environ 2%.
La « distinction » de l’année 2015 serait confirmée si le ministre el Khalfi, lui-même journaliste de profession puisque dans sa vie antérieure au gouvernement, il dirigeait le journal Attajdid, acceptait de reconnaître et de prendre en considération les demandes des professionnels sur « son » Code de la presse, portant sur le danger d’emprisonnement de journalistes à travers la contrainte par corps en cas de non-paiement d’amendes ou de réparations, en cas de saisine du parquet d’affaires que les procureurs verraient comme des atteintes aux foncements de la Nation et qu’ils jugeraient en fonction du Code pénal et non du Code de la presse… Les arguments du ministre, pour bons qu’ils soient sur l’impossibilité de mettre en pratique cette contrainte par corps, sur la priorité accordée à un texte spécialisé(code de la presse) sur un texte général (code pénal), risquent fort de ne pas résister à l’acharnement de certains juges.
La solution serait la mise en place d’une juridiction spécialisée, dédiée à la presse et qui connaîtrait des délits liés à ce secteur. Mais cela, el Khalfi n’en semble pas véritablement convaincu.
Il reste cette question de l’interdiction des publicités des jeux de hasard, gérés pourtant par des organismes publics ou semi publics, relevant du gouvernement. La profession reproche à Mustapha el Khalfi son idéologie dans cette mesure ; lui s’en défend. Le problème économique reste donc entier, et le conflit aussi.