Le RNI se rebiffe contre la justice, tout en déclarant croire en elle…
Lundi 7 mars, le tribunal de 1ère Instance d’Agadir condamnait plusieurs dirigeants locaux du RNI à des peines de prison, avec sursis, pour des affaires de corruption électorale remontant aux suites du scrutin du 4 septembre 2015. Le même jour, la direction du parti a sorti un communiqué incendiaire et a déclaré se retirer en guise de représailles de la commission de préparation des élections du 7 octobre.
La cour a donc condamné, en première instance, le président de la Région Souss Massa et son adjoint, en plus de plusieurs autres responsables, à des peines de 3 et 4 mois de prison, avec sursis, et 5.000 DH d’amende. Que le jugement ait duré depuis plusieurs mois ne semble pas avoir offusqué le RNI, qui attendait semble-t-il un jugement en sa défaveur pour réagir… Que le jugement ne soit pas définitif ne paraît pas non plus avoir incité la direction du parti à davantage de retenue.
Non, le Bureau politique s’est réuni et en cinq points il a montré le peu de cas qu’il fait de la justice :
1/ Il dénie l’autorité de la justice : le RNI se solidarise avec ses cadres et se déclare convaincu de « leur intégrité et de leur attachement aux valeurs de transparence et de démocratie », en dépit du fait qu’ils aient été condamnée, au premier degré de juridiction certes, mais condamnés quand même ;
2/ Il émet des doutes quant à l’indépendance de la justice : le RNI s’interroge sur l’opportunité et « l’apparence de sélectivité de ces procès » ; le communiqué laisse entendre qu’il y aurait des mains invisibles qui actionneraient et manipuleraient les juges ;
3/ Il accuse les juges d’instrumentalisation : tout en réitérant sa confiance dans l’indépendance des juges et leur aptitude à dire le droit, le RNI met en garde contre toute volonté d’instrumentaliser la justice, à plusieurs niveaux, et au profit d’un agenda politique ;
4/ Il frappe à côté : le RNI décide de ne plus participer à la commission de préparation des élections, qui se tient, dit-il, au ministère de l’Intérieur. Pourquoi boycotter l’Intérieur alors que c’est la justice qui a condamné les RNIStes ?
5/ Il mobilise : le RNI appelle l’ensemble de ses adhérents sur l’ensemble du territoire à être vigilants pour contrecarrer les entreprises d’affaiblissement du parti.
Le RNI se montre spécialiste de grands moulinets pour des affaires en cours, et il oublie aussi qu’il est membre de la coalition gouvernementale et que, à ce titre, il ne peut se permettre de boycotter les réunions au ministère de l’Intérieur.