Les appétits aiguisés (et biaisés) pour l’organisation de la COP22

Les appétits aiguisés (et biaisés) pour l’organisation de la COP22

La COP22, ce sera pour le mois de novembre 2016, mais déjà les appétits des uns et des autres s’aiguisent pour décrocher le (très) juteux marché de l’organisation de cet événement planétaire. Les uns arguent de leur expérience, les autres de leur entregent, et tous disent pouvoir relever le défi de mettre en place l’infrastructure gigantesque de cette grand-messe mondiale, non moins pharaonique. L’enjeu est pour ce 10 mars, date de l’ouverture des plis des candidats. Sauf que ce n’est pas un événement ordinaire, c’est la COP22, et ce n’est pas seulement l’image du pays qui est en jeu, mais celle de Mohammed VI qui en a fait une affaire personnelle !

On entend déjà les cris et les grandes envolées sur la préférence nationale, sur la transparence et la bonne gouvernance, sur le savoir-faire et la compétence. Mais il faut plus que cela pour organiser et réussir cet événement où un nombre record de chefs d’Etat et de gouvernement est attendu. L’enjeu est simple : prolonger et confirmer l’Accord de Paris en assurant la ratification du maximum d’Etats à cet Accord.

Mais les professionnels de l’événementiel ne semblent avoir cure de tout cela. Ce qui importe, c’’est le chiffre d’affaires. Passer à côté des prescriptions du volumineux cahier des charges de l’ONU importe peu, tant que le chiffre d’affaires est dopé, et il le sera… le budget de l’organisation de cette COP22 avoisine les 800 millions de DH et, pour écarter les entreprises de taille modeste, des cautions conséquentes sont exigées : 7,5 millions de DH pour la caution provisoire, à déposer avec son dossier, et 25 millions de DH pour la caution définitive, en cas d’adjudication du marché. Et, clause supplémentaire, pour être éligible à la présélection, il faut avoir organisé aux moins deux événements ONU dans les dernières années.

Et de fait, les sociétés marocaines d’événementiels se trouvant dans l’impossibilité de soumissionner, elles se sont cherchées des partenariats étrangers. Ou français, ce qui revient au même dans notre pays. Nous avons donc des sociétés locales, trop petites pour espérer enlever un tel marché, qui se sont associées à des partenaires français d’envergure et de grosse facture, tel Havas ou Publics. Puis elles se sont déversées dans les médias pour appeler à la préférence nationale.

C’est une bien heureuse posture que d’appeler à cette préférence nationale, mais cela ne doit s’agir ni d’un vœu pieux ni de propos creux. Il faut savoir garder à l’esprit que le Maroc, et le roi du Maroc, se sont engagé à faire réussir la COP22, et que l’heure n’est pas à l’intérêt personnel, dissimulé derrière les grands principes.

Voici une quinzaine de mois, le Maroc avait organisé un événement mondial, et il l’avait excellemment réussi : le Global Entrepreneurship Summit 2014, et c’était le groupe Richard Attias qui était à la manœuvre. L’homme est marocain, et uniquement marocain, il ne dispose pas d’une autre nationalité ; il est marié à Cécilia Sarkozy et, à eux deux, ils disposent d’un carnet d’adresses à donner le tournis.

A événement extraordinaire, donc, procédure pas ordinaire. Pour la COP22, il ne s’agit plus de faire plaisir, de plaire ou de complaire. L’objectif est de réussir un événement planétaire, et le couple Attias, en plus d’organiser, est apte à mobiliser les lobbies et groupements d’intérêt pour atteindre cet objectif.

Les médias se sont fait l’écho depuis plusieurs semaines d’alliances de tous avec tous, combinant les grands noms de la communication à l’international avec des entreprises locales, désireuses de faire l’affaire du siècle. On entend dire que des ministres sont dans cette aventure, puis on lit ici et là que des entrepreneurs français, en délicatesse avec la justice de leur pays, se sont mis sur les rangs pour décrocher l’Affaire…

 Or, il ne s’agit pas ici et maintenant de réaliser du chiffre d’affaires, mais de, excusez du peu, de sauver la planète. C’est au Maroc que cela doit se passer en 2016. Le roi s’y est engagé, les Marocains se mobilisent peu à peu, le comité de pilotage, un peu absent depuis sa mise en place, du moins sur le plan médiatique, devrait se faire plus pugnace.

Et donc, face à cet événement extraordinaire où le royaume veut s’imposer comme élément incontournable du développement durable, l’Etat devrait s’imposer et imposer le groupe avec lequel il veut travailler, réussir sa COP et faire aboutir ses vues et ses visées. Accorder un tel marché, qui montrerait le savoir-faire des Marocains, à un groupe étranger, un groupe français pour tout dire, relèverait de la faute politique.

Aziz Boucetta

 



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