Parlement, société civile et population se soulèvent contre Ban Ki-moon
Le Maroc n’a vraiment pas apprécié les propos et les actes du Secrétaire général des Nations Unies lors de sa dernière tournée au Sahara, et il le fait savoir, sur tous les tons. Le 11 mars se tenait au parlement une audition des ministres des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar et Mbarka Abouaida pour répondre aux questions des élus de la nation. Et la société civile s’y est mise aussi, à travers l’association Bayt al Hikma. Enfin, samedi, le parlement se réunira et dimanche, la population sortira…
Au Parlement
C’était devant les commissions des Affaires étrangères des deux Chambres en présence des deux présidents Rachid Talbi Alami et Hakim Benchamass… « Le Maroc n'acceptera aucunement une telle hostilité et ne restera pas passif car il faut s'attendre à des réactions et des décisions appropriées de la part du royaume », a ainsi martelé Mezouar, qui a affirmé que « cette affaire, qui touche au fondement même de la neutralité de l’ONU, aura des suites sur la position du Maroc pour le Sahara, dans les semaines à venir ». Rappelons que dans les semaines à venir, précisément, le Conseil de sécurité examinera la question du renouvellement annuel de la Minurso.
Salaheddine Mezouar a rappelé que les propos tenus par Ban Ki-moon (référendum, autodétermination, Sahara occupé…) font basculer l’ONU tout entière dans un camp contre l’autre et confèrent une sorte de légitimité aux revendications d’un Etat qui n’existe pas.
Le ministre a expliqué que la visite du SG était initialement programmée en novembre, et le Maroc avait accepté, mais l’ONU avait changé la date en raison de l’agenda du SG, puis cette date avait été repoussée d’un commun accord pour janvier 2016 mais, encore une fois, Ban Ki-moon avait autre chose à faire. Et quand la date de mars avait été suggérée par l’ONU, le Maroc avait décliné pour deux raisons : l’agenda royal et le fait que cette date survenait juste avant l’examen du renouvellement de la Minurso par le Conseil de sécurité. Le Maroc avait proposé le mois de juillet… Mais Ban Ki-moon avait tenu à venir dans la région en mars, laissant sa visite à Rabat pour juillet.
Et puis, ajoute le ministre des Affaires étrangères, une fois sur les lieux, le SG de l’ONU a multiplié les gestes déplacés comme le fait de s’incliner devant le drapeau de la RASD, puis de brandir le V de la victoire, en compagnie des séparatistes. De plus, en évoquant le référendum d’autodétermination, le patron de l’ONU n’a pas parlé du recensement de la population à consulter, pas plus qu’il n’a dit un mot sur « la spoliation des ressources et des aides internationales ».
Mezouar reproche à Ban Ki-moon « d'avoir fermé les yeux en Algérie sur les violations des droits de l'Homme dans les camps de Tindouf et d'avoir omis de demander à Alger de recenser les séquestrés de Tindouf », ajoutant « l'Algérie veut proposer à l'ONU un projet de recensement basé et calqué sur le nombre des cartes d'entraides distribuées aux réfugiés ».
En conclusion, le chef de la diplomatie marocaine accuse « le SG d’avoir violé l'engagement pris avec le roi Mohammed VI lors de l'entretien téléphonique qu'il avait eu avec lui sur les paramètres à respecter au niveau du processus de négociation. Il a violé toutes les résolutions du Conseil de sécurité ».
La société civile
Pour sa part, Fettah Bennani, président de l’association Bayt al-Hikma, a signé un communiqué incendiaire où il dénonce la visite de Ban Ki-moon comme étant « un passage honteux par lequel l’actuel secrétaire général de l’Onu participe, à quelques mois de la fin de son propre mandat, à attiser la tension dans la zone et ce, dans un contexte régional déjà chaotique, où les menaces et les entreprises terroristes sont importantes ; et où l’Onu n’a réussi, tout au long de ces dernières années, à jouer aucun de ses principaux rôles de médiation, de pacification et de prévention des conflits ».
L’association poursuit sa charge contre le patron de l’ONU en précisant que « M. Ban Ki Moon a systématiquement ignoré que sur les territoires du Sahara marocain vivent des centaines de milliers de populations dans la paix, la convivialité et jouissant de tous les droits humains fondamentaux, y compris ceux de revendiquer et de gérer leurs affaires de manière libre et autonome. Il est allé par contre s’exprimer en renfort à un camp de milices, où l’esclavagisme et les discriminations ethniques et raciales font ravage, pour parler de « drame humanitaire », lequel ? Est- ce celui des réseaux de détournements des aides humanitaires ? De ces riches rentiers des fausses causes ? ».
En conclusion, Bayt al-Hikma affirme qu’elle « regrette le manque de discernement qui a conduit le secrétaire général à faire sienne une basse machination diplomatique, passant outre les vrais drames humains que ce conflit a généré pour le peuple marocain dans son ensemble, dont les sahraouis (les vrais), et ce, depuis plus 40 ans. Bayt Al Hikma condamne vigoureusement ces propos qui, en se faisant le porte-voix des hordes séparatistes, portent directement préjudice aux droits humains fondamentaux bafoués des populations vivant à Tindouf et ceux de l’ensemble de la région aspirant à la paix et au développement ».
De son côté, l’Espace citoyenneté et solidarité « dénonce avec force le dépassement des résolutions du Conseil de sécurité et prend acte de l’alignement du Secrétaire général Ban Ki-moon sur les positions de l’Algérie et du Polisario, bafouant le principe de neutralité obligée des Nations Unies et de la sienne en particulier, eu égard à sa fonction ».
Le Maroc s’élève donc, institutions et société civile, contre la dernière tournée de Ban Ki-moon dans la région du Maghreb, et nul doute que cela aura des répercussions sur la suite des événements se rapportant à ce dossier. Plusieurs marches sont prévues dimanche 13 mars dans nombre de villes du pays, où la population, mobilisée et encadrée par les partis politiques, dira ce qu’elle pense de la position du SG de l’ONU, et samedi 12 mars, le parlement se réunira pour adopter une position commune, officielle et dénonciatrice des derniers faits et gestes de Ban Ki-moon qui, rappelons-le, avait déclaré mercredi 9 mars par la voix de son porte-parole qu’il restait neutre dans cette affaire.