Une marche hors mesure pour contrer les propos non mesurés de Ban Ki-moon
Rabat 13 mars, une journée qui comptera désormais dans l’histoire du… Sahara. Ce jour-là, on retiendra que près de 3 millions de personnes ont marché dans la capitale marocaine, pour protester contre les actes et les faits du Secrétaire général de l’ONU au Sahara et en Algérie, la semaine dernière. Pour ceux qui y étaient, appuyés par ceux qui n’y étaient pas, jamais la capitale du Maroc, pourtant habituée à de telles marches, n’en a jamais connu de telle…
Mais qu’est-ce qui a bien pu prendre Ban Ki-moon de caresser les Marocains à rebrousse-poil ? On en vu le résultat, mais on pourrait penser que c’est le genre de marche à la demande et à la télécommande dont les Marocains ont le secret. Mais non, le mouvement était spontané ; les routes étaient bloquées à l’intérieur de la capitale et les autoroutes ont affiché un encombrement qu’elles n’ont jamais connu auparavant à l’entrée de la capitale.
Impressionnant !
Au matin, les gens avaient commencé à affluer, par leurs moyens car pas de tram ce jour-là dans la capitale, ni de taxis qui acceptaient d’aller vers le lieu de départ de la marche. Et ça affluait, ça affluait, sans cesse, faisant oublier que le mot d’ordre avait été lancé par des chefs politiques ou syndicaux, en plus des personnes en vue de la société civile. Les trains ONCF étaient gratuits et les transports aussi, dans une décision d’adhésion à cette marche qui, selon plusieurs participants, rappelait par sa densité, ses drapeaux et sa bonne humeur la Marche Verte.
Ce sont les chefs de partis qui ont appelé à la marche certes mais les participants étaient là bien avant les responsables politiques et, à 11 heures, Bab Chellah, des centaines de milliers de personnes piétinaient le sol. L’ambiance était bon enfant, avec des slogans habituels remis à la sauce du jour « Ban Ki-moon sir fhalek, Assahra machi dialek » (Ban Ki-moon reste chez toi, le Sahara n’est pas à toi…). Les membres du gouvernement et les responsables politiques étaient
pour ainsi dire invisibles, noyés dans la masse, sans importance désormais face à la marée humaine venue, redisons-le, pour une large partie spontanément.
En dehors de la manifestation
Fait remarquable, les détenus de la prison centrale d’Oukacha à Casablanca ont tenu à observer un mouvement de solidarité avec les marcheurs, en se retenant de se nourrir ce dimanche matin… Inédit.
Et sur la toile, plusieurs pages ont été créées sur les réseaux sociaux pour soutenir la marche, et des pétitions ont été également mises en ligne pour accentuer la pression et montrer l’unanimité nationale autour de cette question tout autant nationale. Des appels à marcher, à taguer, à faire des dessins et à, plus simplement, marquer sa présence d’une manière ou d’une autre.
Il serait intéressant de faire le décompte de cette présence numérique, qui viendrait s’ajouter aux participants physiques à la marche.
Les refuzniks
L’AMDH n’a pas participé à la marche de Rabat pour des raisons confuses, dont il ressort que les responsables ont désavoué la méthode d’organisation. Mais contacté par nos soins, le patron de l’AMDH n’a pas répondu à son téléphone.
Il en va de même pour al Adl wal Ihsane, l’association habituée à battre le macadam à toute occasion mais qui n’était pas là ce jour-là. Les gens d’al Adl doivent penser qu’ils sont là pour alimenter les mouvements qui manquent d’effectifs sans doute… Mais leur absence a été remarquée par plusieurs commentateurs.
Quant à notre Loubna Abidar nationale, elle s’y est mise à son tour en disant que « l’affaire du Sahara ne sera pas réglée par les tambours et les flonflons devant le parlement ; il aurait été plus intelligent d’envoyer une forte délégation à New York y rencontrer Ban Ki-moon au lieu de rameuter les pauvres pour gonfler la marche. La question du Sahara, au Maroc, ne sera réglée que par la justice, le développement, l’égalité et la démocratie et, à ce moment-là, même les Africains demanderont à devenir Marocains ». C’est son point de vue, juste en partie, faux au début et un peu condescendant à la fin.