« Etonnement et colère » de Ban Ki-moon après la manifestation de Rabat
On agit, on réagit, mais on ne coupe pas les ponts… Telle est, semble-t-il, la démarche marocaine à l’égard de l’ONU et de son secrétaire général Ban Ki-moon. Le lendemain de l’imposante marche de Rabat contre les propos de ce dernier, le ministre des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar s’est envolé pour New York afin de l’y rencontrer. Et il a eu droit à l’expression de « l’étonnement » et de la « colère » de Ban Ki-moon.
Si le Maroc a réussi quelque chose, c’est bien de mettre en colère l’habituellement très placide Sud-Coréen… Violemment pris à partie par les manifestants ce dimanche à Rabat, quand les sobriquets et les caricatures ont fusé de toutes parts, Ben Ki-moon a exprimé au ministre marocain son « étonnement face à la déclaration du gouvernement du Maroc » et sa « colère au sujet de la manifestation qui a été mobilisée le dimanche, et qui l’a ciblé en personne ».
Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, le SG a demandé des précisions à son visiteur quant à la présence de membres du gouvernement à cette manifestation, puis il a demandé que l’ONU jouisse de respect au Maroc. Ah, si l’ONU et surtout son SG pouvaient comprendre aussi la psychologie des Marocains…
Le SG de l’ONU a également expliqué son emploi du terme « occupation » du Sahara comme étant sa réaction personnelle à la tragédie que vivent de trop nombreuses personnes depuis trop longtemps. Il a cependant indiqué que ces personnes sont des « réfugiées », ce que le Maroc ne reconnaît pas, usant pour sa part du terme « séquestrés ».
Puis Ban Ki-moon a reproché aux manifestations, « et à leurs sponsors » (sic), d’avoir occulté que tout au long de son périple, il n’a eu de cesse d’invoquer « son engagement personnel à encourager de véritables négociations entre les parties pour parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l'autodétermination du peuple du Sahara occidental », comme l’a plusieurs fois demandé le Conseil de sécurité. Certes, mais le Maroc refuse ce principe de l’autodétermination, lui préférant celui de l’autonomie, consacrée dans les faits depuis les élections de septembre 2015.
Et quand bien même il l’accepterait, il aurait appartenu au SG de faire montre de bonne volonté et d’impartialité, en demandant, en exigeant, un recensement des populations vivant dans les camps de Tindouf. Il ne l’a pas fait.
Cette mise au point énervée de Ban Ki-moon risque de ne pas trop impressionner les Marocains, très sourcilleux dès lors que l’on touche au Sahara. Le SG n’a pas fait mention, lors de cette rencontre avec Mezouar, du recensement, ni des conditions dans lesquelles vivent les Sahraouis dans leurs camps. Il s’est contenté de réagir aux attaques lancées contre sa personne, mais sans essayer d’en comprendre la raison.
Rendez-vous, donc, fin avril lors de l’examen annuel de la situation de la Minurso, en vue du renouvellement de son mandat pour un an…