Enseignants stagiaires, désaveu cinglant de Boussaïd par Benkirane

Enseignants stagiaires, désaveu cinglant de Boussaïd par Benkirane

Le communiqué du gouvernement est tombé dimanche en milieu de journée… On y apprend en substance qu’Abdelilah Benkirane désavoue la réponse faite par le ministre des Finances Mohamed Boussaïd aux groupes parlementaires (Chambre des conseillers) sur la faisabilité, par décret ou décision, d’un concours de sortie pour les enseignants stagiaires, qui leur garantirait leur emploi en deux vagues. Les choses se durcissent encore plus, atteignant la cohésion gouvernementale.

28 mars, les deux groupes PAM et USFP demandent au ministre des Finances son avis sur l’organisation d’un concours en faveur des 10.000 enseignants stagiaires, un concours auquel ils seraient tous admis, ce qui leur assurerait l’emploi au sein de la fonction publique, en deux vagues, août 2016 et janvier 2017.

30 mars, la réponse du ministre des Finances indique que cela est effectivement faisable, mais dans le cadre d’une décision ou d’un décret qui, juridiquement, sont plus difficilement attaquables qu’un accord écrit ou verbal du chef du gouvernement.

Abdelilah Benkirane ne semble pas avoir apprécié, et a durci sa position, déjà virilement exprimée lors du Conseil de gouvernement du 31 mars, ainsi que nous l’avions expliqué dans un précédent article.

Que dit ce communiqué ?

Que, suite au courrier adressé au ministre des Finances et à la réponse qui lui a été « attribuée », le chef du gouvernement indique :

1/ Son « étonnement » face au contenu de la réponse de Boussaïd, à son timing et aussi au fait que cette réponse est une « initiative personnelle, non concertée », dudit ministre avec son chef ;

2/ La non nécessité de l’émission d’un décret ou d’une décision pour les enseignants stagiaires, du fait que les deux fameux décrets encadrent assez précisément cette question ;

3/ Le fait que le gouvernement a déjà apporté, officiellement et par des canaux officiels, sa réponse sur les deux concours, en deux fois, pour les deux vagues de recrutement, sachant qu’il n’est pas possible de créer des postes budgétaires alors que la loi de Finances ne le permet pas.

Le chef du gouvernement rappelle enfin que puisque la question a été tranchée définitivement, il n’appartient à aucun ministre de prendre une initiative en dehors du cadre arrêté.

Conséquences…

Après la sortie rugueuse du chef du gouvernement en Conseil de gouvernement, voilà que se fissure assez sérieusement la cohésion gouvernementale, avec ce désaveu cinglant de Boussaïd par Benkirane. Boussaïd est un ministre RNI, et avec le RNI, le PJD n’entretient pas les meilleures relations du monde depuis deux mois.

Or, le ministre des Finances a répondu par écrit à une correspondance également écrite de deux groupes parlementaires. Devait-il répondre ? Oui. Devait-il apporter dans sa réponse une solution autre que celle préconisée par le gouvernement ? Oui, si la loi le permet. Devait-il en référer au chef du gouvernement ? Oui.

Selon nos informations, Boussaïd s’était effectivement ouvert à Benkirane de cet échange de courrier, et ce dernier ne lui avait pas fourni de réponse, jusqu’au Conseil de gouvernement.

Et donc, là où Boussaïd a répondu comme le technocrate qu’il est, Benkirane a vu une réponse politique et une attaque d’un membre de son alliance gouvernementale, d’où son désaveu.

A partir de là, tout peut se passer :

1/ Le président du RNI Salaheddine Mezouar peut prendre fait et cause pour son ministre et allié du parti, et appuyer son acte. Dans ces conditions, le maintien du RNI au gouvernement pourrait être remis en question.

2/ Abdelilah Benkirane pourrait émettre un courrier prenant le contrepied de celui de Boussaïd, aggravant la fissure gouvernementale, et là aussi, la cohésion gouvernementale serait mise en péril.

3/ Les deux groupes parlementaires, forts de leur réponse reçue par le ministre des Finances, pourraient augmenter la pression sur le gouvernement en le faisant apparaître comme refusant une solution pour résoudre une crise sociale qui dure et qui s’amplifie. C’est ce que pourraient techniquement faire ces deux groupes en demandant une révision de la loi de Finances, comme indiqué dans le communiqué du gouvernement.

Dans tous les cas, le gouvernement se fissurera encore plus et Benkirane apparaîtra comme celui qui refuse une solution, qui satisfait pourtant les enseignants en leur garantissant un recrutement ultérieur en 2017, et aussi le gouvernement en confirmant sa solution des deux vagues.  C’est  sans doute ce qui irrite tant Benkirane qui perd la main – et peut-être aussi la face – dans ce double duel, contre les jeunes stagiaires et contre l’opposition…



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