Le gouvernement Benkirane II n’a jamais été aussi fragile, proche de la rupture…
Jeudi dernier 31 mars, en Conseil de gouvernement, Abdelilah Benkirane a fait une allocution virile contre Ilyas el Omari, sans le nommer, les ministres qui voudraient entériner sa solution pour la crise des enseignants stagiaires, et les médias. Malaise au sein du Conseil, mais les choses sont passées… jusqu’à ce communiqué incendiaire du ministère de la Communication, où le chef du gouvernement s’en prend directement au ministre des Finances Mohamed Boussaïd. Et la réponse du RNI ne s’est pas fait attendre…
Comme suite aux derniers rebondissements de jeudi 31 mars, et de dimanche 3 avril, une réponse à ce communiqué a été publiée sur la page Facebook du RNI. Il ne s’agit pas d’un communiqué officiel, mais cela en a tout l’air car en principe, le parti a la main sur ce qui apparaît sur sa page en sa qualité d‘administrateur. Voici des extraies de cette réaction, rédigée à la poudre de bazooka… :
1/ « La réponse de Boussaïd est technique, et non politique, et la réaction du chef du gouvernement est une tempête dans un verre d’eau, mais cache un conflit politique avec des relents électoralistes » ;
2/ « L’article 9 de la loi organique sur le gouvernement impose aux ministres d’accomplir leurs tâches, suite à la délégation qui leur a été faite par le chef du gouvernement, sans s’en remettre systématiquement à ce dernier pour ce qui relève de leurs attributions » ;
3/ « L’article 93 de la constitution permet aux ministres d’appliquer la politique gouvernementale dans le cadre de leurs attributions et de la solidarité gouvernementale, et comme la question des deux groupes parlementaires était destinée au ministre des Finances en tant que responsable de la question des enseignants stagiaires et qu’il y a répondu, où est donc le problème ? » ;
4/ « Quand un ministre reçoit une question, que doit-il faire ? Y répondre lui-même ou revenir vers le chef du gouvernement ? Bien évidemment, y répondre, dans le cadre de ses pouvoirs, et c’est ce qui s’est passé… Mais si le chef du gouvernement veut être hégémonique et autoritaire, alors il n’a qu’à gérer tous les départements tout seul et se défaire de ses ministres » ;
5/ « La réponse du ministre est technique et va dans le sens de ce qu’avait déjà dit le chef du gouvernement, à savoir organiser un recrutement des 10.000 stagiaires en deux vagues, selon les dispositions de la loi de Finances. Ce n’est donc ni une réponse politique ni un désaveu du gouvernement » ;
6/ « Le chef du gouvernement a donc interdit à Boussaïd de répondre, au moment même où il a permis à Nabil Benabdallah de s’exprimer, disant des choses autrement plus graves sur l’action du gouvernement ».
En fin de journée, une précision a été ajoutée à ce statut Facebook, voulant que « ce n’est pas là un communiqué, mais une opinion de RNIstes qui ont le droit de réagir et de défendre un ministre de leur parti ».
Ce n’est donc pas un communiqué, mais cela y ressemble beaucoup. La réponse est aussi virulente que l’était le communiqué du ministère de la Communication.
Abdelilah Benkirane voit sa majorité s’effriter autour de lui, et les choses ont commencé dès le mois de septembre. Et il ne s’agit pas de la première anicroche entre Benkirane et Boussaïd, la première ayant été celle de l’article 30 sur le Fonds de développement rural dans la loi de Finances, le mois d’octobre dernier. Les choses n’ont jamais été vraiment réglées entre les deux hommes, même si une séance d’explication a semble-t-il eu lieu entre le chef du gouvernement et l’autre protagoniste de cette affaire qu’était le ministre de l’Agriculture Aziz Akhannouch.
Le RNI maîtrise apparemment ses canaux d’information… Ainsi, au lieu de publier un communiqué sur le même ton, qui aurait fermé toute porte de retour et issue de secours, il a préféré passer par sa page Facebook qui, d’abord, atteint bien plus de monde que son site, et, ensuite, a l’avantage de ne pas être l’espace de communication officielle du parti.
Mais connaissant le chef du gouvernement et son parti, qui connaissent eux aussi les ficelles de la com politique, ils ne tiendront pas compte de ce statut Facebook, et pousseront le RNI soit à se prononcer clairement et officiellement soit à entrer dans le rang. Or, le RNI ne pourra rester sans réagir à ce qu’il faut bien appeler un affront de Benkirane. Un communiqué devrait donc suivre, incessamment…
Le chef du gouvernement, par ailleurs, a perdu toute mesure des choses car si le geste de Boussaïd est compréhensible et même recommandé au regard de la loi, dans le sens de l’interpellation du gouvernement par le parlement et la réponse du premier au second, la réaction sanguine de Benkirane peut laisser supposer qu’il ne veut pas de solution à l’affaire des enseignants stagiaires qui ne passerait pas par son autorité à lui et leur soumission à eux.
Le RNI de Mezouar ne cache plus son hostilité à Benkirane et inversement. Si, comme cela s’annonce déjà, il doit quitter le navire gouvernemental, il arguera qu’après avoir voulu sauver la stabilité politique du pays en rejoignant le PJD au gouvernement en 2013, cela n’est plus possible, Benkirane et les siens étant résolument hégémonistes et autoritaires.
Pour sa part, le PJD cherchera encore la victimisation, et ira se présenter comme le parti cible des tirs nourris et groupés de l’ensemble de la classe politique.
On retiendra de cela, en attendant que les choses s’éclaircissent, que Benkirane a refusé une solution pour calmer la rue, tant au niveau des enseignants stagiaires que pour la question des réformes, avec cette manifestation programmée du 10 avril.
La fin de mandat de Benkirane sera tumultueuse, autant que le tempérament dudit…
Aziz Boucetta